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lundi 19 octobre 2020

Les roses fauves de Carole Martinez

Date de parution : aout 2020 chez Gallimard
Nombre de pages : 352

Peu après la sortie de son premier roman, " Le cœur cousu ", une lectrice a raconté à Carole Martinez une coutume espagnole dont elle ignorait l'existence : dans la sierra andalouse où étaient nées les aïeules de cette lectrice, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu'elle bourrait de bouts de papier sur lesquels étaient écrits ses secrets. À sa mort, sa fille aînée en héritait avec l'interdiction absolue de l'ouvrir.
 
Un jour, Carole Martinez est intriguée par une passante en noir et blanc découverte sur une carte postale sur Internet, une silhouette de femme qu'elle imagine boiteuse qui s'éloigne entre une église et un bureau de poste dans un village breton, Trebuailles. L'écrivaine vient alors s'installer pour quelque temps dans ce village pour reprendre l'écriture de son roman sur Barbe-Bleue. A Trebuailles, elle rencontre Lola, la postière boiteuse qui vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, solitaire mais comblée par son jardin.  Lola devient alors le personnage de son roman, Carole abandonne Barbe-Bleue pour raconter l'histoire de Lola car la jeune femme possède dans sa chambre un trésor, une grande armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. " Des cœurs battent dans la chambre de Lola Cam. Des cœurs de femmes mortes ", "J'ai trouvé ma passante en noir et blanc, le vent m'a menée jusqu'à elle."

Cinq cœurs cousus riches de secrets... Lola et l'auteure, personnage à part entière du roman, vont  prendre connaissance des fragments de vie contenus dans le cœur cousu d'Inès, l'arrière-grand mère de Lola. Ce cœur contient également un paquet de graines de roses que les deux femmes vont semer, des roses sauvages aux pouvoirs insoupçonnés et au parfum puissant qui vont envahir le jardin et la vie de Lola, des fleurs capiteuses qui vont la libérer en lui insufflant passion et sensualité.

Carole Martinez a eu l'excellente idée de s'inspirer de la magnifique tradition espagnole des cœurs cousus que je découvre ici. Avec cette histoire fantastique d'une lignée de femmes libres, elle nous plonge dans son univers bien particulier fait de magie et de merveilleux, entre réel et imaginaire, elle imbrique des histoires les unes dans les autres, se met en scène, mêle les époques et les genres. Il faut se laisser porter par cette histoire entre deux mondes, par une écriture d'une infinie beauté, élégante, poétique, envoûtante, d'une grande sensualité. Les fleurs sont des personnages à part entière, elles insufflent le désir et libèrent les femmes. C'est un roman sur la transmission, sur l'héritage de l'histoire familiale, sur l'amour éternel et sur le désir féminin. J'ai cependant trouvé que le récit s’essoufflait par moments avec certaines histoires parallèles qui m'ont semblé superflues. Une très belle expérience de lecture si on accepte de se laisser emporter par l'univers parfois déroutant de cette incroyable conteuse.


L'auteure

 
Carole Martinez, née en 1966, est romancière et professeure de français. Son premier roman, "Le cœur cousu", a été récompensé par quinze prix littéraires, dont le prix Renaudot des lycéens en 2007. Son deuxième roman, "Du domaine des murmures", a lui aussi été acclamé par la critique. Publié en 2011, il a notamment reçu le prix Goncourt des lycéens. En 2016, Carole Martinez a publié "La Terre qui penche", qui témoigne à nouveau de son immense talent, de cet univers si singulier, entre magie et songe, sensualité et violence, petite et grande Histoire. (Source : éditeur)




2 commentaires:

  1. Ah tiens, c'est intéressant de lire ton avis. J'ai lu beaucoup de critiques assez négatives. Comme j'aime cette auteure, je pense que je le lirai.

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    1. Si tu aimes cette auteure tu devrais apprécier celui-ci, pour ma part je lui reproche juste d'être un peu trop foisonnant et par moments de partir trop dans tous les sens.

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