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jeudi 2 février 2017

L'ombre du sabre d'Owen Matthews


Date de parution : novembre 2016 aux Editions les Escales
Nombre de pages : 377


Ce roman commence par deux chapitres surprenants qui prennent tout leur sens à la lumière du récit. J’ai éprouvé le besoin de les relire après avoir fini le livre et je confirme que cette relecture est vraiment indispensable pour saisir la globalité de l'histoire.
Alexei est un journaliste russe qui vit à Moscou. En mars 2000 il accepte de couvrir l'évolution du conflit en Tchétchénie où il est nommé comme correspondant dans ce pays, il y fait équipe avec Youri un photographe aguerri.
Il découvre un pays devenu un tas de ruines et arrive dans un camp militaire russe dans les montagnes près d'un village tchétchène. Il y rencontre Zeliha une jeune femme tchétchène au port altier. C'est une institutrice grave et sérieuse, fille du chef du conseil du village elle est musulmane non pratiquante. Ils vivent une brève histoire d'amour.

Le jour où des rebelles tchétchènes prennent des soldats russes dans une embuscade, il s'ensuit de terribles représailles de la part des soldats russes lors d'une nuit de pluie et de violence, Zeliha est capturée et Alexie reste impuissant pour la défendre lorsqu'elle implore son aide. Il en éprouvera de la culpabilité et de la honte. Il ne pourra pas se résoudre à accuser des officiers qui lui ont sauvé la vie lors de l'attaque ni révéler à sa rédaction ce qui s’est passé pour ne pas nuir à Zeliha.

Nous retrouvons Alexei en 2014 à Istanbul, marié et père de famille. Un jour il rencontre Zeliha accompagnée de sa fille Dilara, adolescente de 14 ans. Dilara fragilisée par sa quête identitaire, en butte au refus de sa mère de lui révèler l'identité de son père devient la proie des frères musulmans. Quand elle comprend le secret de sa mère elle rejoint aussitôt le djihad pour la venger. 

" Rendre justice, c'est punir les méchants et récompenser les justes. 
Pour vous les chrétiens, la justice n’est pas pour ce monde, mais pour celui d'après. 
Pour nous, les musulmans, c'est très différent. 
Il est écrit que "les portes du paradis sont situées à l’ombre des sabres""

Alexei, toujours tenaillé par la culpabilité de sa lâcheté, se sent redevable envers Zeliha, il lui promet de récupérer sa fille grâce aux nombreux contacts qu'il a gardés en Tchéchénie.
Commence alors une traque pour retrouver Dilara et l'empêcher de commettre l'irréparable. Alexei va alors replonger dans sa vie d’aventures, se sentir tiraillé entre la nostalgie de l'aventure et l'envie de fuir pour retrouver le confort de sa vie de famille.

Ce roman parle de culpabilité, de difficulté pour les journalistes de comprendre les peuples dans leur intimité, des cas de conscience qui se posent aux journalistes, de la difficulté pour les soldats à vivre avec le souvenir des atrocités commises, des insomnies et cauchemars qui hantent les témoins pendant des années "Il en sait trop sur le monde des hommes. Ce savoir pesant le cloue au sol."
J'ai trouvé l'écriture très fluide et les descriptions suffisamment précises pour nous plonger dans une atmosphère de guerre, dans le quotidien d'un reporter de guerre qui essuie son baptême du feu. 
Le récit nous entraine de Moscou à la Tchétchénie puis à Istanbul et en Ukraine à la rencontre d'un monde d'hommes rudes qui trouvent souvent refuge dans l'alcool et la violence dans une atmosphère tendue et hostile.
J'ai aimé l'intrigue très bien construite et les rebondissements qui font de ce roman un vrai page turner.
C'est Delphine qui a déniché ce beau roman


Citations
" A l’époque, tout le monde était dans un camp puis dans l’autre. C’était compliqué. Et quand la guerre a pris fin, il y avait tant de crimes à pardonner qu’il était plus simple de les oublier."
" Tous ceux qui tuent ou terrorisent des musulmans sont des criminels et méritent, eux aussi, de mourir. L’homme juste qui venge le mal est béni."


Merci à NetGalley et aux éditions Les Escales pour cette lecture.








L'auteur 
Né à Londres, d’une mère russe et d’un père anglais, Owen Matthews a étudié l’histoire à Oxford avant d’entamer sa carrière de journaliste à Sarajevo en 1994.
Reporter pour le Moscow Times, puis correspondant pour le magazine Newsweek à Moscou et à Istanbul, il a couvert la seconde guerre tchétchène, les conflits au Moyen-Orient, les combats en Afghanistan et la guerre en Irak. Il est actuellement directeur de la rédaction de Newsweek à Moscou, et vit à Istanbul avec sa famille.




Catégorie SPORTS-LOISIRS


2 commentaires:

  1. Ravie qu'il t'ait plu. Tu as raison de dire que l'auteur a une écriture très fluide et qu'il nous installe dans une atmosphère qu'il sait parfaitement recréer. Comme toi, j'ai relu le début du livre une fois que je l'ai eu terminé.

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    1. Ravie que tu m'aies permis de découvrir ce livre!
      En effet relire les deux premiers chapitres est tout à fait indispensable pour la compréhension globale de l'histoire.

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