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dimanche 13 septembre 2020

Les nuits d'été de Thomas Flahaut

Date de parution : 27 aout 2020 aux éditions de l'Olivier
Nombre de pages : 218

" Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir."

Nous sommes dans une région industrielle de l'Est de la France à la frontière franco-suisse. Le temps d'un été, Thomas travaille pour la première fois comme intérimaire de nuit chez Lacombe, l'usine où son père a trimé toute sa vie. Il n'a pas encore annoncé à ses parents qu'il a raté ses examens universitaires détruisant leur espoir  de le voir s’élever dans l'échelle sociale. Il retrouve son ami d'enfance Mehdi qui travaille tous les étés chez Lacombe après des emplois de saisonnier l'hiver dans des stations de ski.

Avec ce travail de nuit Thomas découvre le corps à corps avec les machines que chacun surnomme Miranda dans le bruit de l'atelier qui le poursuit dans son sommeil. Son emploi est dénommé "opérateur de production" et non "ouvrier" comme à l'époque de son père. " Un ouvrier, ça fait une œuvre. Ça sait ce que ça fait. Ça signifiait un monde et une fierté. Quant t'es opérateur, tu fais des opérations. C'est tout. Tu vaux moins que la machine, t'es pas fier." Ce travail n'a aucun sens pour Thomas et ses compagnons qui ne savent même pas à quoi vont servir les pièces qu'ils fabriquent. Épuisé par son travail de nuit, Thomas passe ses journées à dormir. " Un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l'opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu'au congé annuel, jusqu'à la retraite, jusqu'à l'accident."

Louise, la sœur jumelle de Thomas, est aussi revenue sur les lieux de leur enfance car elle prépare une thèse de doctorat sur les ouvriers frontaliers du Doubs. La crainte de se mettre à sa thèse et le besoin de ressentir la satisfaction de voir les résultats de son travail la pousse à s'engager dans la cueillette des plants de tabac.

L'auteur originaire de Montbéliard a puisé dans son vécu pour nous immerger dans le milieu ouvrier de sa région d'origine nous offrant un roman proche de l'univers de Nicolas Mathieu dans "Leurs enfants après eux". A travers le parcours de ces trois jeunes, l'auteur raconte la jeunesse des classes populaires, leurs rêves, leurs espoirs mais aussi leurs désillusions. Il parle de l'ordinaire du quotidien, de l'absence d'horizon, de l'évolution du travail en usine, de l'aliénation au travail, de la précarité des intérimaires, de la dureté du travail de nuit mais aussi des difficultés de communication entre enfants et parents, entre frère et sœur. Le premier roman de Thomas Flahaut, Ostwald, ne m'avait pas plu à cause d'une ambiance sombre et pesante couplée à une narration décousue. J'ai préféré ce deuxième roman qui ne renvoie pas la même désespérance et nous permet de côtoyer des personnages avec lesquels j'ai vite ressenti une certaine proximité. Il n'y a pas de désespoir dans ce nouveau roman mais une ambiance très mélancolique.


L'auteur


Né en 1991 à Montbéliard, Thomas Flahaut a publié son premier roman, "Otswald", aux Éditions de l'Olivier en 2018. Remarqué par la critique, le livre parlait déjà du délitement des liens sociaux. Poursuivant ce portrait d'une France dévastée, il confirme avec "Les Nuits d'été" son talent immense. (Source : éditeur)






Lu de cet auteur



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