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jeudi 26 août 2021

Milwaukee Blues de Louis-Philippe Dalembert


Date de parution : 26 aout 2021 chez Sabine Wespieser
Nombre de pages : 288

" Çà ne suffit pas de ne pas être raciste. Il faut être antiraciste."

Ce roman est une fiction inspirée de deux drames réels, le meurtre de Georges Floyd en mai 2020 filmé en direct sur les réseaux sociaux puis repris par toutes les chaînes de la planète  et l'assassinat d'un adolescent, Emmett Till, par des racistes blancs du Sud en 1955. Louis-Philippe Dalembert met en scène Emmett, un personnage imaginaire, dont il déroule le destin injuste et tragique.

Depuis qu’il a composé le "nine one one", numéro d'urgence aux États-Unis, le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, ne dort plus : ses cauchemars sont habités de visages noirs hurlant "Je ne peux plus respirer ! Je ne peux plus respirer !". Jamais il n’aurait dû appeler le numéro d’urgence pour un billet de banque suspect. Mais il est trop tard et les médias du monde entier ne cessent de lui rappeler la mort effroyable d'Emmett, son client de passage, étouffé par le genou d’un policier blanc.

Emmett était venu au monde dans un ghetto noir de Milwaukee, abandonné par son père, élevé dans la foi pentecôtiste par sa mère. Ses années d'enfance à Franklin dans les quartiers nord de Milwaukee sont racontées avec tendresse par son ancienne institutrice qui a milité dans sa jeunesse pour la cause noire, puis par son amie d'enfance et son pote dealer avec qui il formait un trio inséparable, amis à la vie à la mort ils étaient surnommés "les trois mousquetaires"

L'université du foot et de la vie est racontée par son coach qui l'a accueilli comme un fils dans sa famille et par Nancy, sa fiancée de l'époque, qui décrit les difficultés auxquelles leur couple mixte a été confronté et la devise de sa mère " Ne pas faire de vagues pour éviter les désagréments." A la faveur d'une bourse sport-études, Emmett, doué pour le foot américain, a intégré un système ultra-compétitif où seuls 2% des jeunes réussissent à passer professionnels. Le jeune homme timide et réservé a eu du mal à se sentir légitime dans ce milieu de Blancs cathos issus des classes moyennes aisées. Une ex d'Emmett, mère de sa troisième fille, raconte son retour à Milwaukee puis chez sa mère quand il n'arrive plus à survivre avec ses petits boulots, le retour d'un homme fracassé par la vie.

Dans la dernière partie, "La marche", Ma Robinson, ex-gardienne de prison devenue pasteure, organise avec l'aide de deux jeunes et de deux amis d'enfance du défunt, une marche d'une grande ampleur en hommage à Emmett qu'elle veut signe d'espoir et de fraternité. Elle a fondé sa propre église que son amie, la mère d'Emmett, fréquentait jusqu'à sa mort trois mois plus tôt, une église pour aider les plus fragiles à sortir de la rue et de ses dangers.

Avec ce roman choral, Louis-Philippe Dalembert nous plonge avec réalisme dans la vie de Milwaukee, ville du Wisconsin reconnue pour ne pas être la championne de la mixité sociale, dans ce ghetto où les pères abandonnent leur famille ou finissent en prison. Il décrit le contexte racial, la désindustrialisation et le chômage qui conduisent certains jeunes à devenir dealers, seul moyen pour assurer la survie de leur famille. " A treize ans, si ton paternel n'est pas là, c'est à toi d'assumer."

Grâce à ses prédispositions pour le football et à l'éducation stricte de sa mère Emmett a échappé au pire. L'auteur décortique la personnalité du jeune homme ordinaire qui manquait d'assurance mais dégageait un énorme charisme quand il était sur le terrain, un jeune homme qui a puisé sa détermination dans ses origines sociales mais dont les mauvais choix ont brisé le rêve d'intégrer la prestigieuse NFL, National Football League.

Ce roman brosse le portrait d'un pays gangrené par la haine raciale, un pays où  la question de la couleur délimite les relations humaines, où prédomine le déterminisme de l'enfance et de la race.

Le sujet est grave mais, comme toujours, Louis-Philippe Dalembert y distille des notes d'humour tout au long de son texte. J'ai lu ce roman d'une traite, passionnée par l'histoire, enchantée par la construction choisie par l’auteur et par le rythme du récit qui ne souffre d'aucune baisse de régime. Il se termine sur le prêche de Ma Robinson, un personnage magnifique qui délivre un message de réconciliation lors des funérailles qui seront suivies d'un rassemblement pacifique. Grâce à elle et à sa foi en l'humanité le roman se termine sur un message de paix et d'espoir. Penser en termes d'êtres humains avant de penser étasuniens, juifs, haïtiens, noirs, blancs...


L'auteur

Louis-Philippe Dalembert est né à Port-au-Prince et vit à Paris. Depuis 1993, il publie chez divers éditeurs, en France et en Haïti, des nouvelles, de la poésie – notamment aux éditions Bruno Doucey –, des essais et des romans. Ses romans paraissent désormais chez Sabine Wespieser éditeur : Avant que les ombres s’effacent (2017) a remporté le prix Orange du Livre et le prix France Bleu/Page des libraires ; Mur Méditerranée, paru en août 2019, a été lauréat du prix de la Langue française, du prix Goncourt de la Suisse et de la Pologne et finaliste du prix Goncourt des lycéens.

Pensionnaire de la Villa Médicis (1994-1995), écrivain en résidence à Jérusalem et à Berlin, l’auteur a été professeur invité dans de nombreuses universités américaines, notamment à l’université Wisconsin-Milwaukee. Pour y séjourner régulièrement depuis les années 1980, il connaît bien les États-Unis où, comme nombre de Haïtiens, vit une partie de sa famille. (Source : éditeur)


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