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mardi 31 août 2021

Enfant de salaud de Sorj Chalandon

 

Date de parution : 18 aout 2021 chez Grasset
Nombre de pages : 336

"J'ai passé mon enfance à croire passionnément tout ce qu'il me disait, et le reste de ma vie à comprendre que rien de tout cela n'était vrai." 

Sorj Chalandon, nous a déjà parlé de son père dans "Profession du père", décrivant un homme imprévisible, violent et affabulateur qui s'inventait mille vies. Dans ce nouveau roman il part à la recherche du passé de cet homme qui a toujours été insaisissable.

A 10 ans le fils a appris par son grand père qu'il était un enfant de salaud " ton père, il était du mauvais côté", son père avait été vu habillé en uniforme allemand place Bellecour dans Lyon occupé, il avait été vu porter cinq uniformes différents en 4 ans. Cette révélation est un petit caillou qu'il avait caché au fond de sa poche, à 10 ans il ne pouvait pas comprendre tout ça...

Devenu adulte, il réussit à récupérer un extrait du dossier judiciaire de son père et le lit en 1987 pendant le procès du nazi Klaus Barbie qui se déroule devant la cour d'assises de Lyon. Il couvre ce procès pour son journal " pour moi, vos sorts étaient liés". Il tente de démêler le vrai du faux dans les dépositions de son père qui, à l'époque, était déjà affabulateur. Il découvre qu'il a déserté de l'armée française et a été poursuivi en 1944 pour collaboration avec l'ennemi. A la Libération il a été condamné à un an de prison et à cinq ans d’indignité nationale. 

Il pensait découvrir un père collabo et découvre pire, un homme quatre fois déserteur de quatre armées différentes, traître un jour, portant le brassard à croix gammée, patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine "ta guerre était une folie. Elle ne me permettait ni de te comprendre ni de te pardonner. Ta vérité n'avait pas plus de sens que tes mensonges." A dix-huit ans son père a traversé la guerre comme on joue au petit soldat, en sale gosse inconscient du danger.

A la demande de son père, le fils se débrouille pour qu'il puisse assister au procès de Barbie, il va en profiter pour guetter ses réactions, son attitude... " C'est pour cela que j'avais accepté que tu assistes à ce procès. Que tu prennes ce pays vaillant en pleine gueule. Et les enfants d'Izieu. Et les déportations. Que tu quittes chaque audience comme au sortir d'un ring, titubant sous les coups d'une histoire qui ne fut pas la tienne. Mais rien ne t'atteignait...", "Son regard, sa lettre, je passais de l'un à l'autre jusqu'au vertige. Je venais de faire entrer le procès de mon père dans la salle d'audience qui jugeait Klaus Barbie. La petite histoire et la grande rassemblées"

Sorj Chalandon a romancé cette quête du père car il n'a appris son passé qu'en 2020 et non à 35 ans comme dans ce roman. Son père a réellement assisté avec lui au procès historique de Barbie, il imagine la même situation alors qu'il connait le passé de son père...

Ce roman est un face à face vertigineux avec son père, "premier de ses traîtres", une confrontation imaginaire entre un fils qui connait le passé de son père et un père qui ne lâche rien. Le contraste entre son émotion, ses larmes lors du procès et l'attitude de son père est saisissant, il analyse avec minutie les multiples sentiments qui le traversent et ne cache pas son ambivalence quand il dit au détour d'une phrase " l'idée de te faire du mal me terrorisait ". Le besoin de comprendre traverse tout son récit, il lui suffirait que son père lui dise la vérité au lieu de maquiller sans cesse la réalité, il pourrait comprendre et pardonner.

Par contre Sorj Chalandon affirme que ce qu'il ne pourra jamais lui pardonner c'est de l'avoir trahi, lui " Le salaud, c'est l'homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité. Le salaud c'est le père qui m'a trahi."

Ce nouveau roman complète de façon saisissante le portrait de cet homme orgueilleux, habité par le mensonge et atteint d'une forme de folie, un père que son fils ne cesse malgré tout d'aimer, un homme qui n'est pas devenu fou suite à la guerre comme son fils l'a longtemps cru mais dont la folie était bien antérieure.

Parallèlement, avec le procès Barbie, Sorj Chalandon nous offre une passionnante page d'histoire, il restitue parfaitement la force des témoignages et des plaidoiries.

Un jour, un ami reporter a conseillé à Sorj Chalandon de changer ses larmes en encre, il y est parvenu de façon magistrale. Avec ce nouveau roman, j'ai eu plaisir à retrouver Chalandon au mieux de sa forme après la déception que j'avais éprouvée à la lecture de son dernier roman.


Citations

" Le dimanche a toujours été pour moi un jour de silence à combler." 

" Je ne l'avais pas vu sourire depuis longtemps. La joie n'était pas une obligation familiale." 

" Je ne les entendais pas, ses mots. Ils frappaient mon ventre."

" " Me faire valoir davantage". Lorsque tu as prononcé ces mots tu avais 22 ans, et aujourd'hui encore, quarante-trois ans plus tard, cette phrase est ton malheur et notre effroi à tous."

" Payer, ce n'était pas connaître la prison, mais devoir se regarder en face."

" Tu t'étais enivré d'aventures. Sans penser ni à bien ni à mal, sans te savoir traître ou te revendiquer patriote. Tu as enfilé des uniformes comme des costumes de théâtre, t'inventant chaque fois un nouveau personnage, écrivant chaque matin un autre scénario."


L'auteur

 
Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est l’auteur de neuf romans et "Enfant de salaud" sera le dixième, tous parus chez Grasset. "Le Petit Bonzi", "Une promesse" (2006, prix Médicis), "Mon traître", "La Légende de nos pères", "Retour à Killybegs" (2011, Grand Prix du roman de l’Académie française), "Le Quatrième Mur" (2013, prix Goncourt des lycéens), "Profession du père", "Le Jour d’avant" et "Une joie féroce". (Source : éditeur)


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