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samedi 7 janvier 2023

Ceci n'est pas un fait divers de Philippe Besson

 


Date de parution : 5 janvier 2023 chez Julliard
Nombre de pages : 208

" Papa vient de tuer maman."

Blanquefort, près de Bordeaux. Ils sont frère et sœur. Quand l'histoire commence, ils ont dix-neuf et treize ans. 

L'histoire tient en quelques mots, ceux que Léa, la cadette, témoin malgré elle, prononce en tremblant "Papa vient de tuer maman."

Passé la sidération, ces enfants brisés vont devoir se débrouiller avec le chagrin, la colère, la culpabilité. Et remonter le cours du temps pour tenter de comprendre la redoutable mécanique qui a conduit à cet acte. Ils vont aussi et surtout devoir réapprendre à vivre.

Un roman d'une grande force, inspiré de faits réels. L'auteur donne la parole à un jeune homme de dix-neuf ans confronté au meurtre de sa mère par son père, drame qui s'est déroulé sous les yeux de sa jeune sœur de treize ans. Philippe Besson décortique au scalpel les réactions et les émotions du narrateur, on vit la situation avec lui tellement le pouvoir d'évocation de l'auteur est extraordinaire. On imagine aisément le travail de recherche que Philippe Besson a dû entreprendre pour atteindre ce niveau de détail. Tout est détaillé : les faits, la chronologie de ce qui va s'ensuivre, les sentiments qui l'assaillent, les contraintes juridiques notamment les scellés qui leur interdisent pendant des mois l'accès à leur maison, les insuffisances de la police. 

On suit le travail d'enquête que va effectuer le jeune homme après le drame, il va remonter le cours du temps, s'interroger sur le couple que formaient ses parents, sur la personnalité de son père, un homme toujours en colère mais au charme et au bagout indéniables, il va se reprocher sa lâcheté d'avoir quitté la maison dès l'âge de quatorze ans laissant sa sœur seule auprès du couple parental dysfonctionnel, il recherche désespérément des explications.

On suit ensuite le procès, révolté par les arguments de l'avocat du père, on comprend l'ambivalence des sentiments de Léa vis à vis de leur père, un homme violent qui maintenait sa femme sous emprise, un pervers narcissique dont la jalousie maladive a tourné à la paranoïa, un homme terrifié à l'idée d'être abandonné. Un monstre certes mais un père quand même pour Léa.

Ce roman explore la violence réservée à l'intimité familiale sans témoin, la violence pernicieuse faite d'humiliations et d'insultes.  Philippe Besson décortique le fait de société qu'est le féminicide vu de la place des enfants, il montre de façon criante l'absence révoltante de prise en charge des enfants, victimes collatérales oubliées, invisibles et silencieuses. L'amour inconditionnel du narrateur pour sa sœur et le personnage tout en pudeur et simplicité du grand père maternel illuminent ce roman au sujet très sombre. L'ensemble est traité avec sobriété et pudeur, la construction est efficace avec de courts chapitres. Une lecture dure mais addictive.


L'auteur

Auteur de premier plan, Philippe Besson a publié aux éditions Julliard une vingtaine de romans, dont "Son frère" adapté au cinéma par Patrice Chéreau. "L'arrière-saison" (Grand Prix RTL-Lire), "Arrête avec tes mensonges" (Prix Maison de la Presse), "Le dernier enfant" et "Paris-Briançon" (Source : éditeur). Photo © Charlotte Krebs


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4 commentaires:

  1. Une très belle couverture, très aérienne, je trouve en décalage avec la destruction des enfants victimes des violences conjugales, même le titre, ce n'est pas un fait divers et pourtant, ça devient un fait divers, un livre que je vais lire, ce sujet m'intéresse beaucoup. Merci d'en avoir parlé.
    Chantal.

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    1. Je suis d'accord avec vous pour le décalage de la couverture, quant au titre, Philippe Besson considère ces drames comme plutôt des faits de société. Bonne lecture !

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  2. Oui, c'est un fait social, oui, il y a destruction de la famille, oui, c'est certain, les enfants sont oubliés, un traumatisme énorme, un système défaillant pour essayer de les aider, on ne sort pas indemne du meurtre de la mère par le père. Un merci à l'auteur pour ce cri d'alarme, qu'il soit entendu est mon souhait

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    1. Je suis complètement d'accord avec vous, c'est un dramatique fait de société, un vrai fléau. Bravo à Philippe Besson pour son cri d'alarme !

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