mercredi 16 septembre 2015

Je vous écris dans le noir de Jean-Luc Seigle


Date de parution : janvier 2015 chez Flammarion
Nombre de pages : 233

Pauline Dubuisson échappe de justesse en 1953 à la condamnation à mort requise contre elle pour le meurtre de son amant, elle est condamnée à perpétuité puis graciée après 9 ans de prison.
L'auteur se met dans la peau de Pauline Dubuisson et raconte son histoire sous forme d'une lettre confession à l'homme qui lui demande de l'épouser alors qu'elle s'est réfugiée au Maroc sous une fausse identité après avoir vu le film censé retracer sa vie et qui s'intitule pompeusement "La vérité". Ce film la blesse profondément car il est loin de relater la "vérité".

Avec beaucoup d'humanité il réalise ici une très belle réhabilitation de cette femme qui apparait comme une victime alors que la presse avait fait d'elle une créature obsédée par le sexe, un être ignoble, capable de tirer à bout portant sur son amant.

Quel terrible destin aura eu cette femme... Comment n'a-t-elle pas sombré dans la folie avec un tel enchaînement de drames : la mort de ses 2 frères au début de la guerre, ses dérives sexuelles, la dépression de sa mère, la tonte et le viol collectif à la libération, le meurtre de son amant quand il l'insulte sur son passé, le suicide de son père le lendemain de son meurtre, la prison? On sent l'incroyable force dont elle fait preuve pour survivre à tout ça.

Les sentiments, les personnalités, le lien particulier qu'elle développe avec son père qui la tient dans un "état d'esclavagisme affectif", le lien entre ses parents, le deuil, tout est très bien rendu. La scène du viol collectif est insoutenable de réalisme.
L'histoire devient encore plus émouvante, si c'est possible, à la fin quand elle réalise qu'elle "s'est trompée d'amour" pendant toute sa jeunesse en aimant son père et non sa mère car elle prend enfin conscience que son père l'a manipulée.
Quelle claque ce livre...Bouleversant de sensibilité et d'humanité...


Lu du même auteur

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mardi 15 septembre 2015

Le livre sur la place - Nancy - Septembre 2015

LE LIVRE SUR LA PLACE NANCY du 11 au 13 septembre 2015


Première participation à ce salon littéraire en compagnie de Marie-Christine le vendredi.
Les organisateurs annoncent 170 000 visiteurs. 

Vendredi 11 septembre
* Entretien avec Amélie Nothomb sur "Le crime du comte Neville".
Amélie Nothomb se dit enceinte de ses livres, elle en a publié 24 publiés mais en a porté 84... Elle écrit 2 à 3 livres par an et choisit elle-même celui qui sera publié.
Elle n'a jamais connu le syndrôme de la page blanche car elle ne s'arrête pas un seul jour d'écrire. Lors de cet entretien , elle fait preuve de beaucoup d'humour et d'autodérision notamment sur sa récente intronisation comme baronne belge, son père et son frère sont barons mais normalement, dit-elle, pour être baronne une femme doit épouser un baron!!! 
Le comte de Neville est largement inspiré de son père.


* Entretien avec Alexandre Jardin sur "Laissez-nous faire! On a déjà commencé".
Alexandre Jardin nous parle du mouvement "Bleu, blanc, zèbre" qu'il a lancé, mouvement par lequel il entend peser sur les partis politiques.
L'objectif du mouvement est d'exiger de ceux qui nous dirigent, ou aspirent à nous diriger, qu'on laisse faire les Faizeux, celles et ceux qui agissent au quotidien pour trouver des solutions performantes aux maux qui rongent notre société."Le génie vient d'en bas".


* Remise du prix des Libraires-Le point à Mathias Enard pour "Boussole" par Christophe Ono-dit-Biot.
Je ne trouve pas Mathias Enard très clair, ni convaincant dans sa présentation de son roman... Je ne pense pas le lire.



* Enregistrement de l'émission de France Inter "Si tu écoutes, j'annule tout" à l'Opéra avec Charline Vanhoenacker et ses chroniqueurs.


* Enregistrement de l'émission de France Inter "Le masque et la plume" à l'Opéra avec Jérôme Garcin et ses chroniqueurs.
Ils échangent sur :
- "La terre qui penche" de Carole Martinez  
- "La dernière nuit du Raïs" de Yasmina Khadra
- "Petit piment" d'Alain Mabanckou
- "L'autre Simenon" 
- "Délivrances" de Toni Morrison
- "Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter sur terre" de Philippe Delerm


Samedi 12 septembre
* Entretien avec Jérôme Garcin sur "Le voyant".
Jérôme Garcin nous parle de ce livre que j'ai lu il y a quelques mois qui fut un beau coup de cœur pour moi .
Jérôme Garcin a écrit ce récit en hommage à Jacques Lusseyran qui, malgré son infirmité, a été chef de réseau pendant la résistance, a créé un mouvement de résistance "Les volontaires de la liberté" où il exerçait le rôle de recruteur. Plus tard dans les camps, il a accompli le prodige d'y introduire la poésie.
Pendant la guerre, son objectif était de donner la bonne information aux habitants du pays occupé.
Jérôme Garcin souligne le fait qu'une vie brève peut être plus remplie qu'une vie longue, il fait référence à Jacques Lusseyran mais aussi à son beau-père Gérard Philippe.


* Entretien avec Maryse Condé  sur "Mets et merveilles".


* Entretien avec Sorj Chalandon sur "Profession du père".
J'ai lu et adoré ce livre magnifique, terriblement émouvant qui nous fait osciller entre rire et effroi.
Sorj Chalandon nous dit ne pas avoir voulu tuer son père en écrivant ce livre, comme le prétendent certains journalistes, mais au contraire de l'avoir fait vivre.
C'est un auteur très disponible avec ses lecteurs lors des dédicaces, d'une grande proximité et très chaleureux. Il me dit avoir été amusé de recevoir le prix Goncourt des lycéens pour "Le 4ème mur" après avoir été récompensé par l'Académie Française pour "Retour à Killybegs", il appelle ça "La reconnaissance des jeunes après celle des vieux..."
Il me dit  avoir été très touché par les mots d'accueil d'Hélène Carrère d'Encausse sous la coupole : "Vos gueux sont devenus immortels"



* Des/illusions d'amours : discussion entre Olivier Poivre d'Arvor pour "L'amour à trois" et Florence Noiville pour "L'illusion délirante d'être aimé". 


* Mauvais garçons : discussion entre Xavier Durringer pour "Sfumato", Mathieu Riboulet pour "Lisières du corps" et Jean Teulé pour "Héloïse, ouille".
- Selon Xavier Durringer, son roman est à 90% autobiographique.



* Écrire l'exil :  discussion entre Brigitte Giraud pour "Nous serons des héros", Paola Pigani pour "Venus d'ailleurs" et Laurent Carpentier pour "Les bannis".
- Dans "Venus d'ailleurs", Paola Pigani parle de l'ambivalence entre le pays rêvé, le pays laissé, le pays qu'on a trahi à travers l'histoire d'un frère et d'une sœur albanais du Kosovo. Elle a écrit cet ouvrage sans rencontrer directement des exilés mais en s'appuyant sur des récits de travailleurs sociaux. Roman que j'ai déjà lu et aimé.

- "Les bannis" est le premier roman du journaliste Laurent Carpentier, il est basé sur l'histoire de sa famille. 



* L'écriture, engagement et résistance : discussion entre Jean Hatzfeld pour " Un papa de sang", Hedi Kaddour pour "Les prépondérants" et Hafid Aggoune pour "Anne F.".
- Jean Hatzfeld nous dit qu'écrire un roman est un moyen, pour lui journaliste, de vider ses carnets de notes.
Il nous parle de son obsession pour le Rwanda, pays où il est retourné de nombreuses fois depuis le génocide, il a déjà écrit 4 livres sur le sujet. Cette fois, il est retourné dans ce pays pour donner la parole non plus aux tueurs et aux rescapés dont les récits peuplaient ses précédents livres, mais à leurs enfants, jeunes de 16 à 23 ans des deux camps. Très envie de lire ce roman. 
- Les prépondérants : En 1922, une équipe de tournage débarque à Nahbès, petite ville du Maghreb. Cette intrusion hollywoodienne bouleverse le quotidien des habitants et avive les tensions entre les notables traditionnels, les colons français et les jeunes nationalistes. De la collusion entre ces mondes et ces cultures naissent des destins et des histoires d'amour.

- Anne F. d'Hafid Aggoune est une lettre écrite à Anne Franck par un professeur désespéré. C'est , selon l'auteur, un appel à la paix. Sujet intéressant, à lire. 


* Lecture-spectacle à l'Opéra : "Au secours! Les mots m'ont mangé" par Bernard Pivot
Récit de la vie périlleuse et burlesque d'un homme mangé par les mots. Irrésistible...
Magnifique performance de Bernard Pivot.



Dimanche 13 septembre
* En/quête d'histoires : discussion entre Philippe Jaenada pour "La petite femelle", Christophe Manon pour "Extrêmes et lumineux", Isabelle Monnin pour "Les gens de l'enveloppe" et Bruno Mabille pour "L'impossible distance".
J'ai très envie de lire "Les gens dans l'enveloppe" d'Isabelle Monnin, une idée très originale et une auteur très sympathique mais pas celui de Philippe Jaenada car j'ai lu récemment et beaucoup aimé "Je vous écris dans le noir" de Jean-Luc Seigle sur Pauline Dubuisson. 

* Rencontre avec Delphine de Vigan à l'Hôtel de Ville pour "D'après une histoire vraie".

Delphine de Vigan se met elle-même en scène dans ce roman à la construction très originale, roman que j'ai adoré.
Le nœud du roman est  : doit-elle écrire un nouveau texte intime après "Rien ne s'oppose à la nuit" ou écrire une pure fiction. 
Elle nous explique que selon elle, le travail du romancier est de mettre en scène le réel.

* Discussion entre Thomas B. Reverdy pour "Il était une ville" et Alice Zeniter pour "Juste avant l'oubli".
Hymne à la fiction et hommage au polar pour Alice Zeniter, jeune auteur très sympathique et dotée d'une forte personnalité.

Thomas B. Reverdy situe son histoire à Détroit en 2008. 
Comment donner sens à sa vie dans un univers en ruine? Comment s'aimer dans un lieu aussi triste, aussi sombre? 
Il nous montre comment la crise va changer la vie du héros en mission dans cette ville à un moment où tout se vide autour de lui, où il sait de moins en moins ce qu'il fait là. 

Deux livres qui me tentent bien...



 * Lecture par Bruno Ricci du "Cadavre exquis"  que les écrivains ont composé lors du Livre sur la Place pour les bibliothèques de Nancy.


* Lecture par Charles Berling de "Victor Hugo vient de mourir" de Judith Perrignon à l'Opéra.
Magnifique lecture d'un document que je lirai.


lundi 14 septembre 2015

Eva de Simon Libérati

 

Date de parution : août 2015 chez Stock
Nombre de pages : 278

Simon Libérati retrace ici le destin hors du commun de sa femme, Eva Ionesco.
L'amour absolu qu'il lui porte transparait tout au long de ce livre qui devient un très beau roman d'amour.
C'est aussi un livre sur la rédemption d'Eva et de l'auteur grâce à son union avec Eva qui apparait comme sa muse.

Eva est la fille de la photographe Irina Ionesco. Eva est un objet entre les mains de sa mère, un objet d'art. Irina réalise des nus érotiques d'Eva dès l'âge de 4 ans, l'utilisant comme modèle de son œuvre photographique érotique, parfois pornographique. Elle en fait une poupée, une sorte de Lolita sous son œil pervers. 
Nous sommes dans les années 1970, époque libertaire où, par exemple, des expositions avaient lieu dans une galerie spécialisée dans l'art pédéraste... On croit rêver... Irina va jusqu'à exposer sa fille à 11 ans, vivante, pratiquement nue lors d'une exposition. 
Eva a subi l'injustice d'être traitée d'obscène, d'être objet de scandale alors que sa mère était encensée et tirait tous les bénéfices de son art. Surnommée "baby porno" par la presse, elle est bien entendu méprisée par ses camarades de collège. 

Sa mère est allée jusqu'à la prêter à des amis qui la font tourner dans des films pornographiques. Elle l'entraîne dans l'alcool, dans la drogue. Eva connait sa première expérience sexuelle à 10 ans en tournant du porno, est plongée dans la drogue dure alors qu'elle n'est qu'en 6ème. Placée à la DDASS à 14 ans, elle va de maisons de redressement en institutions psychiatriques, faisant plusieurs tentatives de suicide.
Adulte, Eva devient actrice et réalisatrice. Elle se marie, devient mère à 30 ans et commence un combat juridique contre sa mère. C'est une femme qui aura eu plusieurs vies. 
Eva apparait comme une femme très forte ( dotée de "bravoure " selon Simon Libérati) qui a su faire preuve de résistance, se réfugiant dans le plaisir innocent de sa collection de poupées Barbie et dans les dessins animés de Casimir. C'est vraiment une survivante, beaucoup de figures de cette époque ont disparu victimes d'overdose.  

Cette femme adulte au comportement infantile, excessive, colérique, narcissique va aller à la rencontre de Simon Libérati en 2013 sous prétexte de travailler ensemble sur un scénario. Ils ont fréquenté le même milieu, pendant toutes ces années, ils ont du se croiser à maintes reprises dans des soirées sans le savoir.
Commencera alors l'union de 2 solitaires, de 2 égoïstes, pourvus d'une même sensibilité. Simon Libérati dit très joliment qu'il l'attendu 35 ans, 300 000 heures... Leur rencontre le sauve "d'une existence parisienne sordide et mondaine" où il s'acharnait à se détruire dans une terrible fuite en avant.

Simon Libérati reconstitue le destin d'Eva sans réel souci chronologique, il nous balade d'une époque à une autre, d'un souvenir à un autre avec des allers retours entre le présent et le passé. Il cite des articles de presse, des interviews de l'époque, le tout baigné de la voix d'Eva.
Une des vies d'Eva que l'auteur n'évoque pas est sa vie de mère de son unique fils...Comment a-t-elle pu jouer son rôle de mère avec le manque total de figure parentale qu’elle a eu?
Par ces allers-retours, il nous dresse le portrait à la fois de l'Eva de sa jeunesse et de l'Eva du présent. Sa fascination pour elle, transformée en amour absolu, est également bien décortiquée.

Mon bémol sur ce livre : il faut attendre environ un tiers du livre pour que l'auteur nous plonge réellement dans l'histoire d'Eva. Je comprends qu'il ait eu besoin de situer l'époque, son parcours et leur rencontre mais j'ai trouvé ce passage un peu long. J'ai trouvé aussi la lecture parfois difficile avec des phrases tortueuses, sophistiquées, voire mystiques. Je suis restée complètement hermétique à certains passages, un exemple "Il émane d'elle une trouble impureté antique, celle de l'hermaphrodite Borghèse ou d'une petite prêtresse barbare de Piape aimée de Marcel Schwob. Elle semble avoir traversé les siècles depuis les ruelles de Subure à cheval sur un poney aux yeux de cauchemar, c'est l'incarnation même de la jeune Pannychis, que j'ai tant aimée quand j'avais dix-huit ans et que je lisais le Satiricon sur un banc des Tuileries."....
Heureusement tout cela est bien contrebalancé par de nombreux passages sublimes.
Le côté suffisant et snob de l'auteur, "Je n'ai jamais voulu séduire que l'élite", m'a agacée un temps; la façon dont il évoque ses propres déviances m'a gênée "Pour des raisons qui ont trait à ma peur de la prison, je n’avais jamais eu affaire avec des enfants, quoique j’adore les petites filles. Je le regrettais, sans savoir qu’il me serait donné un jour de finir ma vie avec la plus extravagante des femmes-enfants". Mais ensuite l'histoire d'Eva m'a littéralement happée. 

Concernant la polémique soulevée par le procès qu'Irina Ionesco a intenté pour empêcher la parution du livre, j'ai trouvé l'auteur factuel, implacable dans ce récit mettant en scène Irina mais sans manifester de haine ni de jugement. La relation d'Eva Ionesco avec sa mère n'est pas au cœur du livre de Simon Liberati, elle n'est là que parce qu'elle est constitutive de l'histoire d'Eva, de son itinéraire et de sa personnalité.

Ce destin extraordinaire d'Eva, que je ne connaissais pas du tout, méritait bien un livre, il me restera inoubliable.


 
Citations
« Il ne s'agit pas de dire "je t'aime", mais d'accepter au fond de soi d'aimer l'autre, c'est-à-dire de ne plus différencier le sort de l'autre du sien propre. »

L'auteur
Simon Libérati est né en 1960.
Journaliste de magazine, il a publié un premier roman "Anthologie des apparitions" sur le thème de l'adolescence en 2004.
Son troisième ouvrage intitulé "L’hyper Justine" a été couronné par le Prix de Flore 2009 présidé par Frédéric Beigbeder, ami de l'auteur.
En 2011, il publie aux éditions Grasset son quatrième roman "Jayne Mansfield 1967", un récit dans lequel il retrace le destin tragique de l'actrice. L'ouvrage est récompensé par le prix Fémina.





7ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015.1% atteint!


 
 


dimanche 13 septembre 2015

L'amour et les forêts d'Eric Reinhardt



Date de parution : août 2014 chez Gallimard
Nombre de pages : 368

Prix France Télévision 2014
Prix Renaudot des lycéens 2014

Bouleversante tragédie qui traite de l'avilissement et de la servitude au travers du harcèlement moral exercé sur l'héroïne par son mari.
Il s'agit d'une femme sous emprise qui rêve sa vie plutôt qu'elle ne la vit vraiment.
Il y est aussi question de littérature, de rêve, de soif d'absolu, d'accomplissement de soi.

Livre très sensible, intime…
Ce livre, sélectionné pour de nombreux prix littéraires majeurs, aurait largement mérité d'être récompensé.
Un livre marquant que je relirai certainement un jour. 


Citations 
"Accepter sa propre bizarrerie pour en faire sa joie, n'est-ce pas ce qu'on devrait tous faire dans nos vies."

"Tu sais, ça prend du temps de savoir qui on est, il faut y réfléchir et dans ce but il faut apprendre à penser, oui, penser, tu m’as bien entendue, donc s’équiper des outils adéquats, acquérir une culture, exercer sa sensibilité et son intelligence. C’est à ça que ça sert, les études, figure-toi, et pas à formater les esprits."

"Avoir été jumelle lui a rendu la solitude insupportable : il était là, son problème. Vouloir qu'on soit tout le temps ensemble, à la fin de sa vie, à l'hôpital, sans personne d'autre, ce qui rendait furieux son mari, c'était un peu comme un retour aux origines. Elle voulait mourir comme elle était née, avec sa sœur jumelle tout contre elle."

samedi 12 septembre 2015

Maman a tort de Michel Bussi


Date de parution : mai 2015

Ce nouveau Bussi est d'une valeur égale aux précédents que j'ai tous bien aimés.
On retrouve, comme toujours cet auteur, des personnages ordinaires sans héros récurent, une histoire se déroulant dans sa chère Normandie, un récit qui n'est pas gore avec un twist final surprenant et une intrigue très bien construite.
Dans ce livre il mène une réflexion intéressante sur la psychologie et la mémoire des enfants. A partir de quand les souvenirs de Malone remontent-ils? Malone qui dit se souvenir d'une vie avec sa vraie maman avant d'être avec ses parents actuels .

Impossible d'en dire plus pour ne pas dévoiler l'intrigue, j'ai juste envie de souligner l'ingénieux stratagème inventé par la maman pour que son fils se souvienne d'elle...
A conseiller.


Citations
"Qu'il n'oublie jamais le goût des belles choses. Seules les mères peuvent apporter cela aux petits hommes : la sensibilité. S'ils suivaient les pas de leurs pères, les idéalisaient, le foot, les bagnoles et la perceuse, ils étaient foutus, ils deviendraient aussi cons qu'eux. Des générations de cons! Seules les mères pouvaient tenter de freiner la malédiction."


Lus du même auteur


vendredi 11 septembre 2015

Une semaine de vacances de Christine Angot

 


Date de parution : septembre 2012 chez Flammarion
Nombre de pages : 138 

C'est après avoir lu le dernier livre de Christine Angot "Un amour impossible" que j'ai eu envie d'en connaître plus sur l'histoire de cette femme qu’elle a développée dans ses précédents ouvrages.
Le ton est donné dès la première phrase. Écrit à la 3eme personne, Christine Angot nous décrit de façon précise, clinique, distanciée la relation incestueuse que son père lui a imposée. Elle évoque avec des mots très crus ce qu'il lui fait, ce qu'il lui dit sans évoquer ses ressentis, sans émettre de jugement. C'est une marionnette soumise entre les mains de cet homme pervers.
Le comportement de cet homme est une véritable entreprise de destruction physique et mentale. Il va même jusqu'à lui affirmer qu'il ne lui fera rien qu'elle ne désire vraiment...
C'est extrêmement violent et cru, ce huis clos devient vite insupportable.

Qualifié par certains de pornographique, ce livre a fait l'objet d'une importante polémique à sa sortie. Je peux comprendre que Christine Angot ait eu besoin d'écrire son drame de cette façon.
Bien entendu ce livre est dérangeant, mais c'est un livre qu'on n'oubliera pas, n'est-ce pas le propre d'un bon livre ? 

Lu du même auteur











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jeudi 10 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan



Date de parution : août 2015 chez J.C. Lattes
Nombre de pages : 484 

Prix Renaudot 2015
Goncourt des lycéens 2015

Entre fiction et réalité

Quel plaisir de retrouver Delphine de Vigan, 4 ans après son dernier roman! Quel sujet original elle a choisi!

Dans la période qui suit le succès phénoménal de son dernier roman qui racontait l'histoire de sa mère bipolaire, l'auteur se sent fragilisée face aux  gens qui lui demandent "Qu'allez-vous pouvoir écrire après ça ?", face aux lettres anonymes accusatrices qu’elle reçoit et face au départ de ses enfants devenus adultes.
Elle rencontre alors L. au cours d'une soirée. L. est écrivain aussi, elle raconte la vie de célébrités en restant dans l'ombre.
Delphine de Vigan tente avec le recul d'analyser l'emprise que cette personne a eu si vite sur elle, comment elle s'est infiltrée dans sa vie, connaissant tout d'elle mais faisant en sorte de ne jamais rencontrer son entourage. 
L. la fascine. Sophistiquée, elle dégage une certaine sensualité, de l'aisance, de l'assurance, de la grâce et de la féminité,  elle est tout ce que Delphine dit ne pas être.
L. avance à pas de velours, se rend indispensable en quelques mois. Toujours disponible, c'est quelqu'un sur qui elle peut compter, quelqu'un à qui elle rêve de ressembler. Quelqu'un qui va rapidement trouver le moyen de s'installer chez elle et de la couper de son entourage. Cette cohabitation va encore augmenter son emprise alors que Delphine sombre de plus en plus dans la dépression et se retrouve dans l'incapacité d'écrire, paralysée devant son ordinateur ou son stylo.

On trouve en filigrane dans ce roman une intéressante réflexion sur l'opposition autobiographie/fiction.
Elle aborde également de façon très fine d'autre thèmes: la dépression qu'elle décrit magnifiquement, la nostalgie de l'enfance de ses enfants, le syndrome de la page blanche, l'avenir de la forme d'écriture romanesque, l'empreinte que laissent en nous les livres qui nous ont marqué...
Delphine de Vigan nous parle aussi de son processus d'écriture avec phase de documentation, d'imprégnation du domaine sur lequel elle va écrire puis attente de l'impulsion qui va lui permettre de démarrer l'écriture. Écriture qui se fera dans une bulle, le silence, la solitude, c'est un "combat à mains nues", une véritable épreuve d'endurance.

C'est un récit intime qui déroute parfois, un récit où elle fait semblant de se mettre en scène en mêlant habilement fiction et réalité (il est parsemé d'indices autobiographiques) mais c'est aussi un thriller psychologique angoissant, très bien construit et au suspense garanti, qui nous entraîne aux confins de la folie.
Magistral!!!


Citations
"J'étais d'humeur maussade quand je suis sortie du café. C'était donc ... vrai, voilà ce que les gens attendaient, le réel garanti par un label tamponné sur les films et sur les livres comme le label rouge ou bio sur les produits alimentaires, un certificat d'authenticité. Je croyais que les gens avaient seulement besoin que les histoires les intéressent, les bouleversent, les passionnent. Mais je m'étais trompée. Les gens voulaient que cela ait lieu, quelque part, que cela puisse vérifier. Ils voulaient du vécu".

"L'écriture est une arme de défense, de tir, d'alarme, l'écriture est une grenade, un missile, un lance-flammes, une arme de guerre. Elle peut tout dévaster, mais elle peut aussi tout reconstruire".

L'auteur
Delphine de Vigan est née en 1966.
Son premier roman, "Jours sans faim" est paru en 2001 sous le pseudonyme de Lou Delvig.
En 2007, "No et moi" reçoit le Prix des Libraires et le Prix des libraires 2009. Il a été traduit en vingt langues et une adaptation au cinéma a été réalisée par Zabou Breitman, film sorti en novembre 2010.
En 2011, elle obtient le prix du roman Fnac, le Prix Roman France Télévisions et le Prix Renaudot des Lycéens pour "Rien ne s'oppose à la nuit," ainsi que le grand prix des lectrices Elle 2012.
Toujours en 2011, elle co-scénarise le film de Gilles Legrand "Tu seras mon fils" avec Niels Arestrup et Lorant Deutsch.
En 2012, elle signe la préface de la BD de sa sœur Margot "Frangines, et c'est comme ça."
Mère de deux enfants, elle vit avec le critique littéraire et animateur d'émissions culturelles de radio et de télévision, François Busnel.

6ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015.
1% atteint!!!


















Cette lecture rentre donc dans le Challenge Goncourt des Lycéens d'Enna


















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