mardi 25 août 2015

Profession du père de Sorj Chalandon


Date de parution : août 2015 chez Grasset
Nombre de pages : 320

Prix du style 2015

Première lecture de cette rentrée littéraire et premier gros coup de coeur!!!

Je craignais que ce ne soit encore une banale histoire de relations père-fils mais racontée par Sorj Chalandon cela ne pouvait être qu'intéressant et franchement je n'ai pas été déçue.
L'auteur s'inspire de son histoire personnelle qu'il met en scène avec le petit Émile Choulans, du nom de la célèbre rue de Lyon "la montée de Choulans" près de laquelle il a grandi, au pied de la colline de Fourvière. Nous sommes dans les années 60 et Émile a 13 ans.
On situe très vite le personnage de son père : c'est un homme fantasque, affabulateur, tyrannique, pervers mais aussi violent, bref un vrai malade...
Sa mère est nettement plus insaisissable : passive, effacée, soumise, humiliée, aveugle ou complice, on ne sait trop... Elle a un rôle bien ambigu... Elle se borne à lui répéter "Tu connais ton père, alors ne t'inquiète pas".  Elle ne protège pas son enfant.
 
Émile/Sorj Chalandon n'a jamais connu la profession de son père et s'est toujours trouvé en difficulté à la rentrée scolaire pour remplir la fiche de renseignements, son père s'est mis en scène tour à tour comme chanteur aux Compagnons de la chanson, footballeur professionnel, professeur de judo, parachutiste, conseiller personnel de Charles de Gaulle...
Sa vie bascule quand il note "agent secret" dans profession du père sur cette fiche, il se dit alors que c'est un héros
Il qualifie sa famille de sorte de secte repliée sur elle-même, famille qui ne recevait jamais personne, pas même ses grands parents. C'est une secte dont on ne s'échappe pas.
Dans son délire, son père persuade le jeune Émile que l’OAS, qui milite pour que l’Algérie demeure française, a besoin de son aide pour tuer le général de Gaulle...
On ressent son besoin d'amour, son admiration pour celui qu'il voit comme un héros, le besoin qu'il a que son père soit fier de lui. C'est l'histoire d'un enfant qui fera tout pour plaire à son père
Mais son père n'est pas seulement affabulateur, il peut aussi se montrer très violent en l'enfermant dans une armoire (la "maison de correction"), en le condamnant à rester des heures à marcher dans sa chambre en guise de punition, en le réveillant en pleine nuit, lui ordonnant d'un sec "debout rebelle" de faire des exercices physiques. Certaines scènes de violence sont vraiment insoutenables, son père poussant le sadisme jusqu'à lui faire acheter lui-même un martinet avec son argent de poche.

La dernière partie, lorsqu'Émile/Sorj est devenu adulte et reçoit des lettres et coups de téléphone délirants de son père est très très émouvante.

La force de ce roman est Que Sorj Chalandon ne nous fait pas le récit de son enfance avec son regard et ses mots d'adulte mais au travers d'un enfant, son double Émile avec le ressenti de son âge.
C'est un récit très intime et bouleversant écrit d'une plume forte, puissante et détaillée. Il a certainement fallu beaucoup de courage à Sorj Chalandon pour mener à son terme cette confrontation avec son père dans cette biographie romancée et pour se livrer ainsi sans jamais tomber dans le pathos, la haine ou la rancœur. Il réussit même le tour de force de nous faire passer de l'effroi au rire.

Ce qui est frappant c'est qu'on ressent fortement tout au long du livre l'amour qu'il porte malgré tout à son père.
Ce n'est pas un livre sur l'enfance battue, il essaye plutôt de nous faire partager sa stupéfaction face à ce père fantasque qui peut aussi être merveilleux.

Quelle force de caractère doit-il avoir pour être parvenu à trouver son équilibre, seul, sans aucune aide, après une enfance pareille! Quel bel exemple de résilience...Le dessin et la fréquentation de la bibliothèque avec l'ouverture sur le monde qu'elle offre, ont contribué à le sauver.

C'est un livre, qu'une fois commencé, on ne peut plus lâcher.
A lire de toute urgence.


Citations
"Profession du père ? Ma mère n'avait pas osé remplir le formulaire. Mon père avait grondé.
- Écris la vérité : "Agent secret"." Ce sera dit. Et je les emmerde."

"J'ai raconté l'angoisse d'un enfant. J'ai raconté l'armoire, la maison de correction. J'ai raconté le pistolet, le béret, Biglioni. J'ai raconté ma mère en épouvante et son fils en effroi."


1ère contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015







et 1ère pépite du non-challenge 2015-2016 organisé par Galéa












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lundi 24 août 2015

Peine perdue d'Olivier Adam


Date de parution : août 2014 chez Flammarion
Nombre de pages : 416


Gros coup de cœur!!!
Ce roman met en scène une vingtaine de personnages vivant dans un station balnéaire de la côte d'Azur.

Antoine, gloire locale du football, se fait agressé. Cette agression mystérieuse sur fond de tempête méditerranéenne va être le fil principal de l'intrigue. En faisant le tour des proches d'Antoine (sa sœur, son ex., son père...) Olivier Adam dresse le portrait d'une communauté.

Il nous brosse la réalité sociale de la Côte d'Azur avec le contraste entre l'agitation bling bling de l'été et la précarité des gens qui font vivre la station (employés de restauration, saisonniers...) sans oublier l'atmosphère de pots de vin, de magouilles et la montée du Front National.

C'est une vision sombre et pessimiste (ou lucide?) de la société actuelle, autant sur le plan social qu'économique, qu'Olivier Adam nous propose avec ces portraits d'êtres blessés. On compatit devant ces vies si réalistes et on partage le lot quotidien de ces fracassés de la vie. L'univers psychologique de chaque personnage est très bien rendu.

Olivier Adam écrit en faisant preuve d'empathie pour ses personnages, qu'il ne juge, ni ne condamne jamais. Il ne laisse transparaitre aucun sentiment de pitié pour eux.

Livre à conseiller...Moi qui n'avais encore rien lu d'Olivier Adam, je vais vite me précipiter sur ses précédents ouvrages...


Citations 
"C'est le problème avec la vie. (…) La nôtre est toujours trop étriquée, et celle à laquelle on voudrait prétendre est trop grande pour simplement se la figurer. La somme des possibles, c'est l'infini qui revient à zéro."

"Lui a toujours été taciturne. Ce n’est pas qu’il n’aime pas parler mais le plus souvent il n’a rien de spécial à dire. La vie se suffit à elle-même."


Lu du même auteur 

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dimanche 23 août 2015

La femme au carnet rouge d'Antoine Laurain



Date de parution : mars 2014 chez Flammarion
Nombre de pages : 236

Laure subit une agression un soir en rentrant chez elle, son sac à main lui est volé et elle tombe dans le coma dans les heures qui suivent, victime d'un traumatisme crânien causé par son agresseur.
Comme dans le chapeau de Mitterrand l'auteur part d'un objet pour construire son roman.
Laurent, libraire, retrouve le sac et se lance dans une enquête pour retrouver son propriétaire à partir des multiples objets qu'il contient. 

En filigrane, un gentille satire de notre société actuelle, notamment des sites de rencontre, de facebook, de la téléréalité. A noter un très beau passage sur la nostalgie du possible.

Le livre est bien construit avec des chapitres courts, il est émaillé de citations de noms d'auteurs, de livres et de références littéraires avec notamment une jolie rencontre avec Modiano.
Comédie romantique courte et plaisante qui n'atteint cependant pas le niveau du précédent livre d'Antoine Laurain "Le chapeau de Mitterrand".


Citations
"Il y a comme cela des amours éphémères, programmés pour mourir dès leur commencement et cela à très brève échéance – on n'en prend en général conscience qu'au moment où ils vont s'achever."
"Peut-on éprouver la nostalgie de ce qui n'a pas eu lieu ? Ce que nous nommons "regrets" et qui concerne les séquences de nos vies où nous avons la quasi-certitude de ne pas avoir pris la bonne décision comporterait une variante plus singulière, qui nous envelopperait dans une ivresse mystérieuse et douce : la nostalgie du possible."



Lu du même auteur

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samedi 22 août 2015

Le chapeau de Mitterrand d'Antoine Laurain

 


Date de parution : mars 2013 chez Flammarion
Nombre de pages : 211


Prix Relay des voyageurs 2012

Conter les aventures du chapeau d'un illustre personnage comme François Mitterrand, voilà un sujet bien original...
Alors que Daniel dine seul un soir dans une brasserie, François Mitterrand vient s'asseoir à une table voisine et oublie son chapeau en partant.
Oublié, abandonné sciemment ou échangé ce chapeau va passer de tête en tête et transformer la vie de son nouveau propriétaire. Il va donner de l'assurance à Daniel face à son chef et va ainsi bouleverser sa vie professionnelle, il sera l'élément déclencheur de la rupture de Fanny avec son amant, il permettra à Pierre de sortir de sa dépression et transformera son dernier propriétaire en le libérant du conformisme dans lequel sa vie est engluée.

Tous les personnages sont très attachants.  
C'est un livre léger mais qui distille quelques vérités bien ciblées sur le conservatisme mondain par exemple... et nous replonge avec bonheur dans les années 80 avec son atmosphère, son minitel, ses actualités, ses personnalités marquantes,ses émissions télé culte, ses chansons...toute une époque... 
Une écriture simple et vivante. Un vrai délice avec un épilogue surprenant...


Citations
"Les évènements importants de nos vies sont toujours le résultat d'un enchaînements de détails infimes."

"Un chapeau donne à celui qui le porte une autorité sur celui qui n'en porte pas."


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vendredi 21 août 2015

Dans son propre rôle de Fanny Chiarello



Date de parution : janvier 2015 aux Editions de l'Olivier
Nombre de pages : 236

Prix Orange du livre 2015


C'est l'histoire de 2 solitudes...
Nous sommes en 1947 en Angleterre.
Jeanette, 32 ans, femme de chambre dans un hôtel à Brighton, ne se remet pas de la disparition de son mari Andrew, mort à la guerre en 1944. Elle reste enfermée dans sa douleur. Elle connaissait Andrew depuis l'âge de 3 ans et n'éprouve que colère et rage. Leur amour était tellement fusionnel qu'ils ne voulaient pas d'enfant.
Fennella, jeune femme de 28 ans, muette suite à un traumatisme, est bonne à tout faire au service d'une lady. Elle aussi se sent veuve, elle s'invente un amour avec Jimmy, mort également pendant la guerre. Passionnée d'opéra, elle se réfugie dans les magazines et découpe les articles consacrés aux grands chanteurs de l'époque.

Fennella et Jeanette ne se connaissent pas mais travaillent à quelques kilomètres l'une de l'autre. 
Jeanette, elle aussi passionnée d'opéra, adresse une lettre d'admiration à une cantatrice, cette lettre est reçue par erreur par la patronne de Fennella.
Fennella, en lisant cette lettre, ressent une profonde communion avec Jeanette et provoquera une rencontre entre elles deux.
La confrontation, lors d'une semaine de vacances,entre ces deux femmes unies par une même douleur est très bien retranscrite et assez émouvante. Cette semaine sera le point de départ d'une nouvelle vie pour chacune des deux femmes.

L'auteur a une jolie écriture bien rythmée, des mots très justes pour parler de l'amour absolu qui lie Jeanette à Andrew et de son impossible deuil et un grand souci du détail.
Cependant ce livre qui comporte de belles réflexions sur l'amour, la mort, la solitude et le manque m'a laissée assez dubitative, j'ai eu du mal à accrocher à cette histoire, gênée par des longueurs et des lenteurs.


Citations
"La solitude s'aménage, se peuple, fût-ce d'illusions tandis que le manque ne se comble pas."

"Je vais vous dire la vérité : je n'aime pas les gens. Ils ont été une grande déception." 






jeudi 20 août 2015

La drôle de vie de Zelda Zonk de Laurence Peyrin




Date de parution : mai 2015

Prix Maison de la presse 2015

Merci à Babélio et aux Editions Kero pour l'envoi de ce roman.
Suite à un très grave accident de voiture au cours duquel elle a frôlé la mort, Hanna s'interroge sur le sens de sa vie.
Lors de son hospitalisation, elle s'est liée d'amitié avec sa voisine de chambre, Zelda, âgée de 85 ans. Celle-ci est une femme sympathique et pleine d'humour, leur intérêt commun pour la broderie les a, dans un premier temps, réunies. Mais très vite, leurs discussions sont devenues plus intimes et Zelda, fine psychologue, a contribué à l'amener à réfléchir à la routine de sa vie auprès de son mari écrivain d'origine américaine qui a quitté son pays pour s'installer avec elle en Irlande dans un trou perdu. Sa vie se résume à l'attente désespérée d'un enfant, à un travail à domicile de restauration d'objets, à un travail une fois par semaine dans la boutique de son amie et associée pleine de vie Marsha, à sa nièce Patti dont elle s'occupe avec son mari pendant que sa sœur Gail, hôtesse de l'air, vit sa vie de femme libre, sans cesse entre aux quatre coins du monde.
Rapidement Hanna s'interroge sur Zelda qui porte le nom de Zelda Zonk, nom que portait Marylin Monroe quand elle voulait passer inaperçue. Zelda a 85 ans et Marylin est morte il y a 50 ans... De là à imaginer que Marylin n'est pas morte et s'est réfugiée en Irlande pour fuir sa vie d'artiste, il n'y a qu'un pas qu'Hanna franchit allègrement...

L'intrigue originale de ce roman ne m'a malheureusement pas intéressée bien longtemps. Ce livre est, en fait, un banal roman d'amour sans grand intérêt.
Je suis vraiment surprise qu'il ait obtenu le prix Maison de la Presse 2015...

mercredi 19 août 2015

Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin

 
 

Date de parution : février 2014 chez Gallimard
Nombre de pages : 160


Roman qui se situe à la fin de la guerre 14/18 au cours de l’été 1919.

Très beau huis clos entre un soldat prisonnier et son juge. Texte qui aborde les notions de sacrifice, de fraternité et d'honneur mais surtout de fidélité: fidélité d'un homme à une femme, d'un chien à son maître, d'un homme à son idéal...

Beaucoup d'émotion et de suspens dans ce texte où l'histoire du prisonnier (qui part d'un fait réel) est dévoilée par bribes.

Les personnages sont attachants et débordent d'humanisme. Une mention particulière au chien et à son attachement aveugle à son maître.

Très beau moment de lecture. 


Citations
"Voilà ce qu'avaient produit quatre ans de guerre: des hommes qui n'avaient plus peur, qui avaient survécu à tellement d'horreurs que rien ni personne ne leur ferait baisser les yeux."  

"Lantier songea que la compagnie des chiens était la seule présence qui ne trouble pas la solitude."


Lu du même auteur 

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