jeudi 11 février 2016

Pièce de théâtre : Mon Traître


Mon traître, d’après Mon traître et Retour à Killybegs de Sorj Chalandon
Adaptation : Emmanuel Meirieu, Loïc Varraut
Mise en scène : Emmanuel Meirieu
Avec : Jean-Marc Avocat, Stéphane Balmino, Laurent Caron (Compagnie Bloc Opératoire)


Trahison, amitié et engagement au cœur de l'histoire

Cette pièce est adaptée des deux magnifiques romans de Sorj Chalandon, Mon traître et  Retour à Killybegs que j'ai lus il y a deux mois.
"Mon traître", publié en 2008, s'inspire de l'histoire personnelle de l'auteur : son amitié avec Denis Donaldson, vue par le biais d'Antoine, un ami luthier parisien; trois ans plus tard, l'histoire romancée est racontée sous l'angle du "traître" dans "Retour à Killybegs".


Seulement trois comédiens sur scène et soixante-dix minutes d’un théâtre intense à couper le souffle.

Le décor, les costumes et les effets techniques sont d'une grande sobriété, juste un vaste plateau noir que balayent des rafales de pluie, des éclairs d’orage et des coups de tonnerre, une lumière crépusculaire et un fond musical mélodieux. 
Au sol, près d’un corps enveloppé dans un linceul, un micro est planté. C’est devant lui que viennent témoigner les protagonistes de la pièce, l’un après l’autre.

Les comédiens 
Laurent Caron, interprète Antoine le luthier français ami de Tyrone, leader de l’I.R.A. (Armée républicaine irlandaise) qui a trahi sa cause. Il touche par sa simplicité, sa candeur naïve, son chagrin refoulé et son désarroi face à cette trahison d'amitié, hanté par la question de la réalité de l'amitié que Tyrone lui portait. Un jeu tout en finesse et retenue.

Puis c'est le tour de Stéphane Balmino qui joue Jack, le fils Tyrone, secoué par l’assassinat de son père. Il crie sa douleur et sa révolte face au père renégat puis chante magnifiquement Wake up Dead Man. J'ai trouvé le témoignage de Jack un peu trop court, j'aurai aimé qu'il développe plus ses ressentis par rapport à la trahison familiale de Tyrone.

Enfin, Tyrone lui-même prend la parole pour tenter post mortem de se justifier. S’extrayant de son linceul, Tyrone s’avance, incarné par Jean‑Marc Avocat.


La plus extraordinaire partie du spectacle commence alors...
Épuisé, blafard, nu et enveloppé sous une couverture gorgée d’eau de pluie, Jean‑Marc Avocat, d’une voix vibrante, revient sur sa vie, de son enfance à son assassinat. Les passages sur son emprisonnement et sur la grève de l'hygiène des prisonniers irlandais, martelant "Nous sommes des prisonniers politiques" sont particulièrement impressionnants.
Il explique la cause de sa trahison, les trois coups de feu à l'origine de cette faute  résonnent fortement dans le théâtre lorsqu'il évoque l'émeute dont la conclusion sera "David le martyr, Tyrone le héros", cette faute qui permettra aux britanniques de faire pression sur lui pour trahir l'IRA.
Jean‑Marc Avocat réalise une véritable performance avec une composition d’exception.

Cette pièce dresse le portrait d’une Irlande ravagée par des décennies de guerre civile entre catholiques et protestants et interroge sur des questions essentielles. Qu’est-ce qu’un traître ? Comment peut-on être amené à trahir ? Reste-t-on un traître jusqu’à la fin de sa vie ? Toutes ces interrogations profondes déterminent la force et l’intérêt de cette mise en scène.

J'ai vraiment beaucoup aimé cette pièce bouleversante, extrêmement fidèle aux textes de Sorj Chalandon, jouée par trois excellents comédiens et à la mise en scène très sobre.

Je ne peux que vous encourager à aller voir cette pièce si elle est jouée près de chez vous que vous ayez lu les romans de Sorj Chalandon ou non.

mardi 9 février 2016

L'arbre du pays Toraja de Philippe Claudel


Date de parution : janvier 2016 chez Stock
Nombre de pages : 180

Une méditation sur la mort mais aussi une magnifique célébration de la vie

L'arbre du pays Toraja, en Indonésie, qui donne son titre à ce roman, est une sépulture. Dans son large tronc creusé, on dépose les corps des très jeunes enfants qui viennent à mourir. Puis « on ferme la tombe ligneuse par un entrelacs de branchages et de tissus. Au fil des ans, lentement, la chair de l'arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. ». Cela revient en quelque sorte à confier un corps mort à un corps vivant.

Les Toraja, habitants d'une île de l'archipel indonésien, ont un rapport à la mort très différent du notre. Adepte de nombreux rites mortuaires, c'est un peuple dont "l'existence est rythmée par la mort" alors que "nous gommons la présence de la mort". Qui a raison? Vivent-ils mieux que nous? Voilà une des premières interrogations de Philippe Claudel.

Elles sont nombreuses les interrogations qu'il se pose et qu'il nous fait nous poser dans ce livre qui parle d'amitié, d'amour, de maladie, du vieillissement et de la mort.

Le narrateur, cinéaste comme Philippe Claudel, vient d'être confronté à la maladie puis à la mort de son producteur, son "meilleur et seul ami" Eugène à cause d'un "vilain cancer" (il faut reconnaître dans Eugène l'éditeur Jean-Marc Roberts décédé en 2013).

Le narrateur se pose nombre de questions philosophiques : Quand tombe-t-on gravement malade? 
"Quand donc tombons nous gravement malades? Quand tout va bien ou quand tout va mal?  Dans la monotonie des jours qui se ressemblent? Ou bien dans le dérèglement, la rupture d'un quotidien égal?" Le cancer d'Eugène surgit alors qu'il est entre deux histoires d'amour, ce qui ne lui arrive jamais. "Le cancer s'était glissé dans l'interstice que l'amour avait laissé libre.  Eugène était mort de ne plus aimer et de ne pas être aimé."

Le narrateur plonge dans le souvenir d'autres amis disparus, l'un suicidé suite à un chagrin d'amour à 19 ans, un autre mort de leur passion commune pour l'alpinisme et s'interroge sur la capacité de l'homme à continuer à vivre après la mort de l'autre. « Poursuivre sa vie quand autour de soi s'effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos de la mort bouleverse à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sorte, c'est savoir survivre et recomposer ».

Viennent aussi des questions sur l'amour (le narrateur est entre deux histoires, entre son passé et son avenir) et sur le vieillissement : le narrateur, lorsqu'il va se met à fréquenter une femme de 23 ans sa cadette, pose un regard sans pitié sur son corps vieillissant "elle s’éprend d'un squelette dont elle est la seule à ne pas percevoir l'apparence terrifiante "
"J'ai lu quelque part que la cinquantaine est la vieillesse de la jeunesse, et que la soixantaine est la jeunesse de la vieillesse"

Des réflexions sur la vie : Qu'est ce qui fait qu'on est pleinement vivants?  "Notre vie n'est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l'unique exemplaire d'un livre, pour certains d'entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d'une écriture sage et appliquée, pour d'autres d'un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d'autres plus ou moins raturés, plein de reprises et de repentirs"

Ce récit est aussi l'occasion pour Philippe Claudel de nous offrir de très belles pages sur les naufragés au large de Lampedusa, de s'interroger sur le pouvoir des images notamment des images de décapitations d'otages relayées par YouTube "Leur pouvoir, leur pouvoir d'effroi, ne tient d'ailleurs qu'à l'image car les meurtres qu'ils perpétuent n'auraient qu'un effet limité sur l'opinion si aucun site, aucun réseau n'en diffusait la captation" 

Un récit très riche en sujets de réflexion, excessivement prenant et pas triste du tout malgré les sujets évoqués. Je qualifierai même ce texte de lumineux...
C'est un très bel hymne à la vie servi par la plume sublime de Philippe Claudel. Le genre de livre dont je ralentis la lecture à la fin pour ne pas déjà le quitter.


Citations
" Pour moi, ils n'étaient pas tout à fait morts. Ils n'étaient plus dans la vie. Ce n'était pas la même chose." 

" Depuis que l'humanité existe, on estime à cent cinq milliards le nombre de femmes et d'hommes qui se sont succédé sur la terre. Près de cent milliards ont déjà disparu, dont il ne reste rien ou presque."

" Je me souviens que mon père me disait qu'après quatre-vingt ans on commence enfin à connaître la valeur des secondes, et que cela procure une volupté nouvelle." 

" De nos jours on cherche à tout prix à mourir beaux. Cela ne nous empêche pas de mourir souffrants et amers."


L'auteur


Écrivain traduit dans le monde entier, Philippe Claudel est aussi cinéaste et dramaturge. Il a notamment publié "Les âmes grises", "La petite fille de Monsieur Linh" et "Le rapport de Brodeck". Membre de l'académie Goncourt, il réside ne Lorraine où il est né en 1962.






7eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo

Catégorie VOYAGE, challenge organisé par Enna


Lus du même auteur
 


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lundi 8 février 2016

Je me suis tue de Mathieu Menegeaux

 

Date de parution : avril 15 chez Grasset
Nombre de pages  : 192 

Le prix du silence

Quel livre !!!
C'est assurément un roman qu'on lit d'une traite, un livre qu'il est impossible de lâcher.

La chronique de ce livre est très difficile à faire car il ne faut pas trop en dévoiler...

Du fond de sa cellule du quartier des femmes de la prison de Fresnes, Claire, 40 ans, nous livre sa confession sur l’enchaînement des faits qui l'ont conduite en prison.
Enfermée depuis deux ans, elle dit écrire pour "expliquer sa vérité".

Mariée à Antoine, "un mari beau, prévenant et fidèle", directrice des ressources humaines dans une entreprise, elle a tout pour être heureuse. C'est une femme équilibrée, bourgeoise et aisée. Seule ombre au tableau : le couple n'arrive pas à avoir d'enfant, du fait d'une problématique liée à Antoine. Claire a beaucoup de  difficultés à accepter une vie sans enfants, elle se perçoit comme une demi-femme.

Victime d'un crime odieux, elle choisit de porter seule ce fardeau, décide de faire comme s'il ne s'était rien passé, habituée qu'elle est à toujours tout maîtriser. soucieuse de toujours préserver son image.

Les conséquences de cette décision vont se révéler dramatiques. Enfermée dans sa solitude, Claire va commettre l’irréparable. Le mutisme sera sa seule ligne de défense, et personne, ni son mari, ni ses proches, ni la justice ne saisira ses motivations.

Une histoire cohérente dans laquelle le comportement de Claire qui l'a menée à sa perte est complètement crédible.
C'est un premier roman parfaitement bien maitrisé d'un auteur qui a admirablement bien su se glisser dans la peau d'une femme et retranscrire ses sentiments.

Merci à Eva qui m'a donné envie de découvrir ce livre.
Voici aussi les avis de Clara et de Delphine

Citations
"Entre ces murs, ni courtoisie, jamais de "Madame", ni prénom. Ici règne en maître l'impersonnel  je ne suis plus que mon nom de famille."

"Belle liberté que celle de travailler toujours plus, de progresser, de gravir les échelons plus vite que les autres, pour s'écrouler le soir devant une série américaine. Nous perdions notre vie à la gagner."


L'auteur

Mathieu Menegeaux, né en 1967, exerce la profession de conseiller en management.
"Je me suis tue" est son premier roman.












Dans la catégorie PHRASE



dimanche 7 février 2016

Entre les deux il n'y a rien de Mathieu Riboulet



Date de parution : août 2015 aux Editions Verdier
Nombre de pages : 136

« On fait partie ou du problème ou de la solution. Entre les deux, il n’y a rien. »

Mathieu Riboulet raconte dans ce livre les années 70 telles qu'il les a vécues, né en 1960, il est né trop tard pour avoir vécu pleinement mai 68… 

Les années 70, des années de paix en Europe, "Heureusement qu'on est en paix et que le pape prie pour nous" mais où des centaines d’hommes et de femmes seront abattus "comme des chiens" en France, en Allemagne, en Italie parce qu'on peut "mourir en guerre dans un pays en paix", tous ces morts sont cités en italique dans des phrases rappelant les noms des manifestants et des grévistes tués et resituant les circonstances de leur mort. Il y est question d'Aldo Moro, de Pasolini...

Mathieu Riboulet  "tire un fil de la pelote européenne" et évoque les brigades rouges, les attentats de Munich,  la bande à Bader, la chute du mur de Berlin, la Bulgarie et la Roumanie après le "déboulonnement" de Ceausescu et de Jivkov... en y mêlant son histoire personnelle et  intime.

En effet, il nous parle à la fois de l'éveil de sa conscience politique mais aussi de son éveil sexuel, il les met en parallèle sur le même ton rageur, souvent dérangeant, parfois obscène quant il évoque son homosexualité débridée, ses multiples rencontres homosexuelles et son goût des hommes.
Sa maxime, maintes fois répétées, est "jouir et faire jouir".
Il raconte l'arrivée du sida en 1981, "Nous ne pressentons rien du massacre qui vient,  nous aurons eu cinq ans, pas un de plus, pour explorer nos corps et leur faire dévaler les pentes mises à nu par nos aînés aimés, avant de nous résoudre à devoir les défendre, ou à les laisser glisser dans la mort...cinq ans, nous avons eu cinq ans" et son éveil au militantisme " Je sens qu'à l'intersection de la sexualité et de la politique des choses fondamentales se nouent qu'il faut défaire en clamant haut et fort qu'on les défait ".

Un ton à fleur de peau, une écriture intense, parfois crue et rageuse mais le côté saccadé de ses tirades sans chronologie (il juge la chronologie "étouffante") et ses multiples évocations de sexe ont fini par me lasser... Dommage car le propos était intéressant...

L'auteur

Mathieu Riboulet (né en 1960) est un écrivain français. Il a réalisé plusieurs films en autoproduction avant de se consacrer à l'écriture. Les personnages principaux de "Quelqu'un s'approche", du "Corps des anges" et de "L'Amant des morts" sont de jeunes hommes attirés par les hommes.
Il reçoit le Prix Décembre 2012 pour "Les œuvres de miséricorde".




32ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015


Catégorie PHRASE

samedi 6 février 2016

Appelez-moi Lorca Horowitz d'Anne Plantagenet



Date de parution : janvier 2016 chez Stock
Nombre de pages : 209

Un roman double

 L'auteur découvre un jour en 2013 dans le magazine Elle un article sur un fait divers au titre explicite : "Le cabinet d'architectes, l'étrange secrétaire et le couple spolié". Il s'agit d'une affaire qui avait défrayé la chronique espagnole à l'époque.

L'étrange secrétaire c'est Lorca, embauchée par le couple Perales qui dirige un cabinet d'architectes florissant près de Séville. Elle est recrutée comme dactylo, malgré "le CV  le moins éclatant et le plus vilain corps" selon elle. Eduardo et Rocio Perales forment un couple exemplaire à qui tout sourit, mariés depuis 15 ans, ils ont "3 enfants blonds" et sont particulièrement bienveillants envers Lorca
Lorca est décrite comme grassouillette, mal habillée et mal dans sa peau, fascinée par Rocio qui a un "époux parfait, des collaborateurs pluridisciplinaires et dévoués"
Cette mystérieuse femme va s'employer à dévaster  leur existence.
L'auteur, fascinée par cette histoire, veut essayer de comprendre comment et pourquoi Lorca a fait ce qu'elle a fait. Cette histoire la ramène en Andalousie où elle même a vécu une grande histoire d'amour, elle dit se retrouver dans Lorca et trouver d'étranges similitudes avec sa propre histoire.
"Je me rêvais, peut-être, Lorca Horowitz",
 "J'essayais d'écrire NOTRE histoire", 
"J'aurai sans doute pu faire ce qu'avait fait Lorca Horowitz" 
"J'ai dû percevoir là-dedans un élément qui était moi et à la fois ne l'était pas, 
comme ces reflets que nous renvoient les miroirs déformants, tellement effrayants 
qu'on refuse dans un premier temps de s'y reconnaître 
mais qu'on n'arrive pas à quitter des yeux"

En s’immisçant dans le récit, l'auteur donne à ce roman une double dimension. Le livre fait alterner les chapitres où l'auteur narre son enquête et ceux où Lorca parle, une alternance de deux voix...

Lorca est une mythomane voleuse, son but est l'usurpation d'identité, le ravissement de  personnalité . Elle se métamorphose, perd du poids, vole l'identité de Rocio et détourne l'argent du compte en banque d'Eduardo. Elle se met à avoir les mêmes centres d'intérêt qu'Eduardo et à fréquenter le salon de coiffure, esthéticienne, la salle de sports de Rocio qui va en éprouver un grand malaise, dépérir et tomber dans la dépression "parfois j'ai l'impression qu'elle aspire à voler mon âme". Rocio ne trouvera qu'incompréhension de la part de son mari qui la pense victime de délire de persécution, de paranoïa.

C'est un roman sur l'identité, sur notre attirance pour les faits divers, sur les choix des sujets que  traitent les écrivains, Anne Plantagenet évoque l'exemple d'Emmanuel Carrère qui a raconté l'histoire de Jean-Claude Romand, le faux docteur Romand, dans "L'adversaire", choix guidés par le fait que les auteurs se retrouvent dans celui ou celle dont il vont raconter l'histoire.

L'atmosphère de ce roman devient assez vite oppressante, on devine vite que Lorca ourdit un plan pour s'offrir une autre vie que la sienne, inverser l'ordre établi, tout semble planifié, réfléchi dans une parfaite maitrise de soi. On sent la folie destructrice pointer et monter en puissance...

L'écriture est vive, les chapitres sont courts dans ce roman double où deux histoires se mêlent et qui nous tient en haleine jusqu'au bout.

Merci à Babélio et aux Editions Stock pour cette lecture! 


Citations
"C'est sans doute ce qui fascine dans les faits divers, ils sont le spectacle, donné par d'autres, de nos pire divagations, de nos utopies les plus condamnables, ils bafouent notre censure."

"La sincérité est improuvable contrairement au mensonge."

"Pourquoi ce sont toujours les mêmes qui ont une enfance heureuse et une place de parking, des jambes inouïes, des amours indolores et des employées dévouées quoi qu'il arrive?"

D'autres que moi l'ont lu et l'ont plus ( Virginie) ou moins aimé (Tiben) 

L'auteur


Anne Plantagenet est née en Bourgogne en 1972. Après avoir séjourné à Londres et à Séville, elle vit aujourd'hui à Paris.
Elle est auteur de romans, de biographies, de nouvelles et de nombreuses traductions de textes espagnols et sud-américains.









6eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo

 Catégorie PHRASE
 challenge organisé par Enna

mercredi 3 février 2016

Envoyée spéciale de Jean Echenoz


Date de parution: janvier 2016 aux éditions de minuit
Nombre de pages : 313 

Un drôle de roman d'espionnage

Cette histoire commence fort avec la déclaration d'un général "Je veux une femme, c'est une femme qu'il me faut."
C'est ainsi que Constance va être enlevée. Elle a 34 ans, est "amoureusement insatisfaite", mariée à un compositeur de chansons. Elle est enlevée sous la menace d'une perceuse par trois hommes à la sortie d'une agence immobilière où elle venait de mettre son appartement en vente. Une rançon est rapidement demandée à son mari Lou Tausk qui bizarrement ne réagit absolument pas.
Les ravisseurs sont décrits comme extrêmement courtois, pleins d'égards pour leur otage, leur chef Victor est perçu par Constance comme un beau mec en bleu de travail.Nous allons découvrir des ravisseurs atteints du syndrome de Lima (je connaissais celui de Stockholm mais pas celui de Lima...) qui vont enfreindre "le protocole élémentaire du preneur d'otage".
Cet enlèvement va nous entrainer dans un voyage de Paris à la Creuse, dans une ferme puis dans la nacelle d'une éolienne, pour finir en Corée du Nord, pays dont Jean Echenoz nous fournit une brillante satire.
Voilà en gros pour l'histoire qui va s'enchaîner de chapitre en chapitre mais dans ce récit ce n'est pas cela le plus important...

Ce qui fait toute la valeur de ce roman c'est le ton employé par l'auteur, plein d'humour et de flegme britannique, un ton un brin détaché.

De plus, Jean Echenoz s'adresse régulièrement au lecteur en employant le "nous" "Il fallait bien qu'un jour ou l'autre, explicitement, apparût un peu de sexe dans cette affaire..., Il fallait bien que tôt ou tard parût aussi, dans notre affaire, une arme à feu".
Il parsème son récit de détails incongrus et d'amusantes digressions par exemple sur les annonces automatiques des stations dans le métro, sur les boites de médicaments qu'on ouvre toujours du côté de la notice repliée...Cela donne un effet décalé, déjanté à ce roman rocambolesque, voire loufoque par moments, où l'on ne s'ennuie pas une seconde.

Une lecture qui ne restera pas inoubliable mais un bon moment de lecture quand même... 

Voici les avis de Jostein et de Nicole, une fan absolue.

Citations
"Constance s'étant étonnée auprès du commandant que tous les hommes soient coiffés à peu près de la même façon, il a répondu qu'ils étaient en effet tenus de conserver une longueur de cheveux de cinq centimètres - sept à partir de cinquante ans pour ceux qui commencent à les perdre- et de les couper tous les quinze jours, les cheveux longs dérobant comme on sait l'énergie du cerveau."

"Le généralissime Kim Il-Sung, notamment qualifié de Soleil de la nation, Héros du travail, Professeur de l'humanité tout entière et leader éternel, tendait son bras droit vers un avenir radieux, le passé magnifique, la voie à suivre ou les trois en même temps, à moins qu'il ne hélât un autobus."


L'auteur 
Jean Echenoz est un écrivain français né en 1947.

En 1979, il  publie son premier roman, Le Méridien de Greenwich.
Jean Echenoz est un fin observateur du monde qui l'entoure, il déclare écrire des "romans géographiques". Chacune de ses œuvres donne à voir au lecteur le décor dans lequel évoluent les personnages avec une acuité peu commune.

Echenoz n’hésite pas à dire lui-même qu’il n’est ni un historien ni un biographe, quand on lui demande pourquoi il utilise la mention roman lorsque son livre retrace une vie. Il répond en disant qu’il écrit de la fiction. Il garde ainsi une certaine liberté d’écriture. Son écriture bouscule les conventions tant au niveau formel qu'au niveau de la syntaxe. En effet, il emprunte les codes des différents genres romanesques pour mieux dérouter le lecteur.


 5eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo

lundi 1 février 2016

Celle que vous croyez de Camille Laurens



Date de parution : janvier 2016 chez Gallimard
Nombre de pages : 192

L'amour à l'heure des réseaux sociaux - Entre fiction et réalité

Pour espionner son amant Jo, Claire, une femme proche de la cinquantaine, professeur de littérature à l’université, divorcée et mère de 2 enfants, se crée un faux profil Facebook pour se mettre en relation avec Chris, un ami de Jo.
Elle se forge ainsi une fausse identité à partir de celle de sa nièce de 24 ans, s'attribuant 12 ans de moins que Chris alors qu'elle a 12 ans de plus que lui. Mais Claire va très vite être prise à son propre piège en tombant amoureuse de Chris qui la rejettera lorsqu'il découvrira son véritable âge.

Camille Laurens, tout au long de ce texte, part d'un postulat que l'on peut trouver très contestable. Selon elle, une femme au delà de 48 ans n'est plus "cotée à l'argus", elle a atteint la "date de péremption" et devient invisible, indésirable pour les hommes. L'auteur souligne l'injustice, l'inégalité entre homme et femme sur cette question de l'âge. Son texte est un véritable plaidoyer féministe sur cette violence faite aux femmes.

C'est un roman à plusieurs entrées, plusieurs voix, raconté selon différents points de vue.
Tout d'abord, le livre commence par un surprenant prologue sans aucune ponctuation, ensuite ce sont les confidences de Claire à son psychiatre alors qu'elle est internée en clinique psychiatrique. Suit le récit de son psychiatre qui a enfreint les règles de déontologie, parle d'une faute qu'il a commise puis finit par livrer des passages du roman écrit par sa patiente lors d'un atelier d'écriture à la clinique, ateliers animés par une certaine Camille
Ensuite ce sera une lettre de Camille à son éditeur et un étonnant épilogue du mari de Claire.
Les voix et les témoignages se mêlent dans la descente aux enfers de Claire qui va la mener à la dépression et à la folie.

C'est un roman sur une imposture qui tourne mal, sur l'engrenage infernal du mensonge et sur la manipulation mais c'est aussi un texte où fiction et réalité,  réalité et mensonges  s'entremêlent comme dans "D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan, un texte où Camille Laurens nous manipule sans vergogne.

C'est également un thriller psychologique vertigineux, tortueux et dérangeant qui montre Facebook comme une machine à fantasme où chacun peut s'inventer une vie.
A noter que Camille Laurens maîtrise parfaitement tous les codes de la communication moderne via Facebook.

C'est aussi un livre labyrinthe sur le désir, sur la condition féminine, sur l'âge, sur la différence entre homme et femme sur la question de l'âge.

L'exercice est brillant, l'auteur nous ballote d'un côté puis d'un autre, parsème même son récit d'histoires drôles, nous manipule à loisir, nous fait perdre le fil de l'histoire. C'est très déroutant.

Un livre qui mérite indéniablement une deuxième lecture...


Citations
"Il ne sert à rien d'être jeune sans être belle ni d'être belle sans être jeune. Les hommes mûrissent les femmes vieillissent."

"Est-ce que c'était d'être avec une femme qui ne pouvait plus avoir d'enfant qui lui faisait horreur, soudain? Une espèce de confusion que feraient les hommes entre l'infertilité et l'impuissance? La haine de la stérilité? La peur inconsciente de coucher avec leur mère? Une peur que les femmes jeunes, elles, n'auraient pas de coucher avec leur père? Elles le rechercheraient, même? Et eux aussi? Pas peur de coucher avec leur fille? Mais pourquoi? Pourquoi cette dissymétrie tellement acceptée et validée partout?"

"Disparaitre de son vivant reste une épreuve. On se fond dans le décor, on devient une silhouette, puis rien. L'indifférence est une autre sorte de burqa, une autre façon pour les hommes de disposer seuls du désir. On a servi, on ne sert plus. Hier fantasme, aujourd'hui fantôme." 

"La femme est l'avenir de l'homme", tu parles! Non mais la blague… Ou alors, au pluriel, les femmes. Comme les bornes sur le parcours."

L'auteur
Camille Laurens est une romancière française née en 1957.
Agrégée de lettres, elle a enseigné à Rouen puis au Maroc, où elle a passé douze ans.
Son premier livre, "Index" est publié en 1991. Il ouvre une tétralogie, dont les autres parties sont : "Romance", "Les Travaux d'Hercule" et "L'Avenir".
Entre le troisième et le quatrième volet, survient le drame personnel qu'elle a vécu en 1995, avec la mort de son enfant. Cette douleur sera à l'origine de "Philippe" en 1996.
En 2000, elle obtient le prix Femina avec "Dans ces bras-là".



4eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo
http://micmelo-litteraire.com/challenge-rentree-litteraire-janvier-2016/
Catégorie : PHRASE
challenge organisé par Enna