mercredi 2 septembre 2015

La septième fonction du langage de Laurent Binet



Date de parution : août 2015 chez Grasset 
Nombre de pages : 495

Prix du roman Fnac 2015

Un polar politico-philosophique décapant au sujet très original.
Laurent Binet part d'un fait réel : en 1980, Roland Barthes, spécialiste de la sémiologie, la science des signes, dans le langage et le comportement est renversé par une voiture en sortant d'un déjeuner chez François Mitterrand, il meurt quelques jours après.
Laurent Binet imagine que ce n'est pas un accident mais un assassinat politique!!!

Il part de l'idée que le langage est le fondement du pouvoir politique et qu'une septième fonction du langage, celle qui fait de son détenteur un orateur aux pouvoirs illimités sur ceux qui l'écoutent, aurait été en possession du malheureux Barthes. Cette septième fonction permettrait de convaincre n'importe qui en n'importe quelle circonstance, c'est donc le secret du pouvoir suprême.
Qui a fait tuer Barthes pour s'emparer de ce redoutable secret ? Mitterrand ? Giscard? La CIA ? Le KGB ?

Pour mener l'enquête diligentée par Giscard, alors au pouvoir, un loufoque couple d'enquêteurs : un flic Bayard réac et inculte mais brave, assisté d'un jeune prof de fac Simon repéré à la fac de Vincennes.
Bayard l'a choisi pour l'accompagner dans son enquête dans le monde de Barthes, pour l'aider à comprendre ce monde fait d'intellectuels narcissiques, de gigolos, de diners mondains, de joutes oratoires au sein d'une organisation secrète, le "logos club", où le perdant y perd au mieux une phalange.

S'ensuit une enquête à la Dan Brown qui va nous mener de St Germain des Prés à Bologne, aux Etats-Unis, à Venise puis à Naples. On  croiser Foucault, Deleuze, BHL, Philippe Sollers, Fabius, Lang, Borj et d'autres joueurs de tennis de l'époque, des membres des Brigades Rouges mais aussi de mystérieux Japonais en Fuego!!!...
Laurent Binet mêle à son récit des événements vrais et historiques  (le crime d'Althusser, les attentats de Bologne d'août 1980...).

Un vrai jeu de massacre... Laurent Binet a du vraiment beaucoup s'amuser en écrivant ce roman satirique complètement déjanté, Sollers et BHL, entre autres, y sont largement ridiculisés. Laurent Binet fait preuve d'une grande liberté de ton et d'une belle insolence dans cette satire de St Germain des Prés. 

Une lecture surprenante et bien différente de mes lectures habituelles.
Un bémol : j'ai trouvé dommage que, dans certains chapitres, les élucubrations philosophiques prennent tant de place... J'avoue que, par moments, j'ai survolé...
Je me demandais bien comment l'auteur allait conclure cette succulente farce et je n'ai pas été déçue, j'ai beaucoup aimé la fin.

C'est burlesque et truculent. Un beau moment de détente.



Citations
"Kirstoff sait parfaitement comment fonctionne un bon mensonge : il doit être noyé dans un océan de vérité. Avouer à 90% permet d'une part de crédibiliser les 10% qu'on cherche à dissimuler, et d'autre part cela réduit les risques de se couper."

"Le succès de Beaubourg n'est plus un mystère : les gens y vont pour ça, ils se ruent sur cet édifice, dont la fragilité respire déjà la catastrophe, dans le seul but de le faire plier." 


4ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015


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