mardi 23 mai 2017

La tresse de Laetitia Colombani


Date de parution : mai 2017 chez Grasset
Nombre de pages : 221

" Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Mark Twain

Je me méfie toujours du battage médiatique fait sur certains livres. Ce roman annoncé comme le best-seller de l'été qui va être traduit dans le monde entier ne m'aurait sans doute pas attirée s'il n'avait pas fait partie de la sélection des 68 premières fois puisque c'est un premier roman.

Smita vit en Inde, elle fait partie de la caste des Dalits, c'est une Intouchable. Elle vide à mains nues les latrines chez les Jatts, munie du panier que lui a transmis sa mère, elle a du mal à se débarrasser de l'odeur infâme qui l'imprègne en permanence. Son mari chasse les rats à mains nues dans les champs des Jatts, tous deux ont repris l'activité que pratiquaient leurs parents, ici les traditions ancestrales se transmettent de génération en génération.
Ils ne touchent aucun salaire et ont juste le droit de se nourrir des rats capturés et des restes donnés par les familles chez qui Smita travaille. Quelques restes qu'ils partagent toujours avec leurs voisins. Smita se bat pour que sa fille de 6 ans rentre à l'école, pour qu'elle apprenne à lire, écrire et compter, toutes leurs économies passent dans son inscription à l'école. Elle va se battre pour que sa fille échappe au destin des Dalits.
A Palerme, en Sicile, Giulia, une jeune femme de 20 ans, travaille dans l'entreprise familiale qui appartient à sa famille depuis plusieurs générations, une fabrique de perruques. Sa vie bascule le jour où son père se retrouve dans le coma, victime d'un accident pendant sa tournée chez des particuliers et des coiffeurs pour récupérer des cheveux.
Giulia découvre alors que l'entreprise familiale est au bord de la faillite, c'est un drame pour elle, sa famille et les ouvrières qu'elle considère comme ses sœurs. Elle va se battre pour sauver l'atelier de son père et mettre sa famille à l'abri.

A Montréal, Sarah, une avocate réputée de 40 ans, puissante et sûre d'elle,  deux fois divorcée est une vraie exécutive woman qui tient à maîtriser sa vie même si elle n'échappe pas à la culpabilité des mères qui travaillent et regrette de ne pas consacrer le temps qu'elle voudrait à ses enfants.
Lorsqu'elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein, elle décide de se battre seule sans rien dire à personne, elle ne veut ni pitié ni compassion mais c'est aussi une façon de nier la maladie. Découvrant le monde de requins qui l'entoure elle va devoir aussi se battre sur un autre front.
L'histoire de Sarah ne peut qu’émouvoir les nombreuses femmes qui sont passées par cette épreuve, tout est très très juste dans ce que décrit Lætitia Colombani.

Trois continents, trois femmes face à leur destin...
Lætitia Colombani retrace le destin de femmes courageuses et déterminées, elle tresse habilement les liens entre les trois histoires et sait entretenir le suspense à la fin de chaque chapitre. La construction en courts chapitres, l'alternance des trois histoires, la mise en page très aérée et l'écriture fluide (mais pas exceptionnelle) rendent la lecture très agréable. C'est le genre de livre qu'on a envie de retrouver pour connaitre la suite de l'histoire. A noter que la partie sur l'Inde est bien documentée, on y retrouve les coutumes et traditions de ce pays.
Avec un sujet d'une grande originalité et un traitement bien maîtrisé, ce livre sera peut-être, comme le dit son éditeur, le roman de l'été.
Grasset a vraiment du talent pour dénicher des primo-romanciers de talent après Gaël Faye (Petit pays) et Guy Boley (Fils du feu).

Ce roman est sélectionné pour le Prix Relay des Voyageurs avec Article 353 du code pénal de Tanguy Viel, Les filles au Lion de Jessie Burton, Jeux de miroirs d'E.O. Chirovici et Looping d'Alexia Stresi
Je vais m'empresser de voter pour cette auteure qui le mérite vraiment.


Merci à Zélie et aux éditions Grasset pour cette lecture.



Citations
 "Un homme rasé peut être sexy, une femme chauve sera toujours malade."



L'auteure

Laetitia Colombani, née en 1976,  est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, "À la folie… pas du tout" et "Mes stars et moi". Elle écrit aussi pour le théâtre. 
"La tresse" est son premier roman.




14ème lecture parmi les quinze premiers romans de la sélection rentrée d'hiver des 68 premières fois
 


43ème contribution au Challenge Rentrée Hiver 2017 organisé par Laure de MicMelo
 



8 commentaires:

  1. c'est un livre que j'ai découvert en regardant LGL, et François Busnel était vraiment très enthousiaste, d'après ton billet il n'avait pas tort! j'ai maintenant très envie de le lire!

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    1. Je ne l'ai pas vue chez Busnel mais je vais la regarder en replay c'est certain !
      Je serai surprise qu'il ne te plaise pas...

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  2. Je t'ai lue en diagonale, car c'est un des 68 qui me fait envie. Bien que comme toi, le battage médiatique m'inquiète toujours un peu. Mais disons que là, j'aime bien le sujet.

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    1. C'est certain que le battage médiatique peut desservir un titre, cela a été le cas pour moi avec le fameux "roman évènement" des Escales en début d'année.
      Je ne pense pas que tu seras déçue avec celui-ci.

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    1. J'ai lu ton billet et t'ai mis un petit mot.
      Pour moi c'est un poil en dessous du coup de coeur...

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  4. J'ai lu ce livre ce week-end , attiré moi aussi par le battage médiatique mais aussi et surtout par ta chronique. C'est un très bon premier roman que j'ai beaucoup aimé pour son sujet. Malgré tout, même si c 'est plutôt bien écrit, je n'ai pas été transportée par l'écriture de l'auteure.Je suis donc d'accord avec l'une de tes réponses, c'est un peu en-dessous d 'un coup de cœur pour moi aussi.

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    1. Pour moi cette faiblesse littéraire nuit effectivement à ce roman qui a par ailleurs vraiment beaucoup de qualités. Dommage...

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