mardi 19 juillet 2016

La grande arche de Laurence Cossé

Date de parution : janvier 2016 chez Gallimard
Nombre de pages : 358

Voici l'histoire d'un monument qui fait maintenant partie intégrante de Paris, un récit qui tient plus du document que du roman mais qui se dévore comme un roman passionnant.

A son arrivée au pouvoir en 1981, François Mitterrand reprend à son compte le projet du quartier de la Défense.
A l'automne 1982, le gouvernement lance un concours international Tête-Défense dans ce quartier de tours.
Tout est démesuré dans ce projet qui deviendra La grande Arche : 15 800 m2 de surface, un bâtiment d'une hauteur illimitée qui sera supposé abriter un Centre international de la Communication.
Le monument devra être digne de la perspective historique Concorde-Arc de Triomphe et s'intégrer de façon cohérente dans le quartier d'affaires de la Défense, il devra  apporter de la cohérence à l'ensemble de tours disparates déjà construites.

"Le cube",  projet de l'architecte danois Spreckelsen est retenu parmi 424 dossiers venant de 41 pays différents. Le lauréat est un parfait inconnu, il n'a construit que sa maison et 4 églises au Danemark...

Le projet retenu sur esquisse est un cube de 100 m d'arête, avec un nuage de verre à l'intérieur du cube, c'est un projet qui met en valeur la notion de vide, 3 hectares et demi de marbre sont prévus pour les façades et les sols...

Chacun est conscient que construire ce qui est encore nommé le cube avant de devenir la Grande Arche va relever du défi... Mais nous sommes à une époque de frénésie de grands chantiers où rien ne parait impossible, une période où l'argent coule à flot pour la culture...

Ce récit met en évidence l'inconséquence  de certaines décisions politiques, le pouvoir exorbitant du président de la République...

L'histoire peut se résumer ainsi : un projet lancé sur un programme nébuleux, le bâtiment étant supposé abriter un Centre de la Communication dont personne ne connait vraiment les missions, le choix d'un architecte visionnaire dépassé par son œuvre, un architecte artiste mais pas du tout technicien qui n'apprécie pas la personnalité des français et n'écoute pas les avis des experts, un homme méticuleux, perfectionniste qui veut tout maitriser, une maitrise d'ouvrage à plusieurs têtes sans chef, une rigueur économique qui implique que l’État ne va bientôt plus financer que le  tiers du projet avec la nécessité de trouver des investisseurs privés pour occuper les bureaux alors qu'il n'était pas prévu au départ que des entreprises s'installent dans le bâtiment. 

La construction de ce monument qui relève du défi technique débute en juillet 1985 mais en mars 86, la cohabitation provoque un séisme, la Grande Arche fait les frais des coupes budgétaires tout l'équilibre financier est remis en cause, commence alors une bataille politique féroce. Le projet est privatisé, sa destinée change car il va devenir exclusivement un immeuble de bureaux.


Ce récit est très vivant et très documenté, Laurence Cossé a rencontré les principaux protagonistes de cette affaire et des collègues de Sperck au Danemark et a analysé le fonctionnement de la société danoise  pour mieux comprendre les difficultés que  les équipes danoises et françaises ont rencontré pour travailler ensemble. Des tensions ont en effet vite surgi car les usages sont très différents en France et au Danemark et les lourdeurs administratives françaises et les changements de décision permanents ont vite agacé l'architecte.
L'auteur en profite pour faire une jolie description de l'esprit français...

Un récit qui nous fait pénétrer dans le monde des architectes et des bâtisseurs et que j'ai trouvé captivant alors que je ne suis pas une passionnée du sujet.
Une écriture fluide, un texte contenant juste assez d'explications techniques très claires, un livre qu'on referme en ayant l'impression d'avoir appris beaucoup de choses. Sélectionné pour le prix Orange du livre, ce livre aurait mérité, selon moi, qu'on parle plus de lui.
Bravo à Laurence Cossé d'avoir accompli la prouesse de rendre aussi passionnant un récit qui aurait pu être très technique  !


Merci à  Delphine  qui m'a donné envie de lire ce livre.


Citations
"C'est un hypercube, cette forme splendide où un cube est intérieur à un cube : ici, un cube de vide dans un cube de marbre; un cube où l'essentiel est l'ouverture, un cube transformé en cadre. "


L'auteur
Laurence Cossé, née en 1950, est un écrivain français, auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre.

Elle a été journaliste et critique littéraire et producteur-délégué à France-Culture.

Elle a reçu en 2015 le Grand prix de littérature de l'Académie française récompensant l'ensemble de son œuvre.





47ème contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo

8 commentaires:

  1. A moi aussi, Delphine m'a donné envie de lire ce livre... Si j'arrive à lui trouver une petite place. Bel article également d'Hippolyte Girardot dans Le Monde des Livres de jeudi dernier, qui le présente comme un livre très fort.

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    1. Il faut lui trouver une petite place, c'est un incontournable !

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  2. 100 % d'accord avec ta conclusion ! Ce livre est un petit bijou !

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    1. Carrément un diamant !
      Je vais m'employer à le faire connaître...

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  3. Ah, vous êtes toutes convaincantes ! et moi qui avais dit que je diminuerai ma PAL au lieu de l'augmenter...

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    1. Je n'ai aucun scrupule à faire augmenter ta Pal car je suis certaine que tu ne le regretteras pas !

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  4. Je l'ai acquis en salon (dédicace de l'auteur), l'ai dévoré, adoré! et ensuite prêté à deux personnes, qui ont vraiment aimé aussi! Dommage oui qu'on en parle si peu.

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    1. Je n'arrête pas de le conseiller autour de moi! C'est vraiment un livre à découvrir.

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