jeudi 14 janvier 2021

Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andréa

 

 

Date de parution : janvier 2021 chez L'Iconoclaste
Nombre de pages : 368

Joseph, 68 ans, joue divinement du Beethoven sur les pianos publics dans les gares, les aéroports. Il pourrait se produire sur scène mais il préfère attendre, mais qui, et pourquoi ? " Qu'est-ce qu'un homme comme vous fait là ? " En réponse à cette question qui lui est maintes fois posée Joseph entreprend de raconter son histoire.  

Le 2 mai 1969 alors qu'il n'avait que quinze ans ce jeune garçon d'un milieu aisé de la banlieue parisienne est foudroyé : ses parents et sa petite sœur périssent dans un accident d'avion sous ses yeux. Il se retrouve orphelin, seul au monde, rejeté par son meilleur ami comme si sa souffrance était contagieuse. 

Le 21 juillet 1969, jour des premiers pas de l'homme sur la lune, Joseph est envoyé aux "confins" un orphelinat installé dans un ancien prieuré proche de Tarbes qui accueille une quarantaine de garçons de cinq à dix-sept ans. " Tout est dans le nom. Après les Confins, il n'y a plus rien.". Il arrive là en même temps que Momo, un jeune garçon simplet. Tous deux vont réussir à être admis dans la société secrète de la Vigie constitué de Fouine, Souzix, Sinatra et Edison. Les jeunes garçons se retrouvent sur le toit de l'orphelinat le dimanche soir à l'abri des regards des sœurs, de l'abbé directeur, de Grenouille le surveillant "chien de berger pervers" et d’Étienne l'intendant. 

L'abbé directeur prend Joseph comme secrétaire particulier, c'est ainsi qu'il fait la connaissance de Rose. Depuis son plus jeune âge Joseph manifeste d'extraordinaires dons pour le piano, il va donc donner des cours de piano tous les samedis à la jeune fille à la demande de son père, un des donateurs des Confins. Rose est une jeune fille arrogante et prétentieuse, les deux jeunes gens se détestent, elle parce qu'il est orphelin, lui parce qu'elle joue affreusement mal. "La haine, comme la prière, se nourrit de silence."

Jean-Baptiste Andréa confirme avec ce troisième roman son incontestable talent de conteur et sa plume imminemment poétique, cette histoire m'a embarquée dès les premières pages. Il a choisi cette fois le thème de l'enfance orpheline qu'il traite de façon très sensible sans aucun misérabilisme. " Sans passé, sans avenir, sans avant et sans après, un orphelin est une mélodie à une note. Et une mélodie à une note, ça n'existe pas." Il décrit des enfants qui choisissent de ne pas se faire remarquer, de disparaitre, d'être une ombre pour survivre, des enfants qui se retrouvent entre les mains d'adultes maltraitants physiquement et moralement dans un établissement où les maltraitances sont camouflées en accidents. Malheureusement ils ne peuvent pas attendre plus de bienveillance de la part des autres orphelins qui ne sont pas tendres entre eux. Dans l'impossibilité de s'enfuir, les jeunes imaginent des stratagèmes pour s'en sortir... J'ai été particulièrement frappée par le fait qu'à cette époque pas si lointaine, dans ce milieu, être orphelin était considéré comme une maladie, une tare, que personne n'éprouvait d'empathie pour eux. 

Jean-Baptiste Andréa met en scène des personnages très forts, Joseph est particulièrement émouvant, dans sa relation avec Momo, dans son choix de Michael Collins, le troisième homme d'Apollo 11, comme héros dont la voix l'accompagne, dans ses souvenirs de ses cours de piano avec le professeur Rothenberg, dans sa culpabilité par rapport à la disparition de sa famille...  Il y a finalement peu de personnages dans ce roman, l'auteur ne se disperse pas et choisit de se centrer sur quelques enfants et quelques adultes. C'est une jolie histoire d'amour et une belle histoire d'amitié entre enfants blessés par la vie qui sont obligés d'appliquer le chacun pour soi malgré les liens qui les unissent " Même abîmés, même déchirés, nous avions ce soi qu'il fallait préserver."

L'ensemble est très fluide sans temps morts ni longueurs avec une belle montée en puissance jusqu'au final particulièrement fort. On peut souligner le sens de la formule de Jean-Baptiste Andréa, pour exemple lorsque Joseph veut, comme son vieux professeur et sa femme qui ont vieilli ensemble, se friper avec la fille qu'il aime... ou lorsqu'il parle de Momo le qualifiant d'orphelin de lui-même, " Il y a pire que d'être orphelin de ses parents, c'est d'être orphelin de soi." 

Un beau coup de cœur pour ce roman dont j'imagine aisément l'adaptation cinématographique tant l'écriture est visuelle et le fond musical omniprésent.

Ce roman fait partie de la première sélection du Prix RTL-Lire 2021.

 

Citations 

" Momo et moi, ce fut à la vie, à la mort. Il était mes larmes, je devins sa voix."

" L'alpage était le seul endroit où nous pensions "demain". Aux Confins, l'avenir ne pénétrait pas, tenu à l'écart par l'épaisseur des murs."  

" Tout sèche dans les prisons, le cœur, l'âme toute sèche sauf la force, qui, au contraire, grandit."

" Si tu joues comme ça, tu n'es plus orphelin." 


L'auteur


 
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. D’abord réalisateur-scénariste, il s'est ensuite lancé dans l'écriture : un premier roman au succès immédiat, Ma reine (douze prix littéraires dont le Femina des lycéens et le prix du Premier Roman). Son deuxième roman, Cent millions d’années et un jour, confirmera cet accueil enthousiaste des lecteurs. (Source : éditeur)




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