mardi 13 février 2018

Fugitive parce que reine de Violaine Huisman


Date de parution : janvier 2018 chez Gallimard
Nombre de pages : 246

Dans ce premier roman autobiographique Violaine Huisman commence par raconter le séisme qui a bouleversé sa vie le jour de la chute du mur de Berlin en 1989. Ce jour là, Violaine a dix ans et sa mère Catherine est internée brutalement, rien n'est dit à Violaine et à Elsa sa sœur de douze ans si ce n'est que leur mère est maniaco-dépressive.  Les fillettes sont recueillies chez des amis, "leurs familles de substitution, leurs familles en kit, à monter soi-même".

Catherine, une femme de la haute bourgeoisie d'une époustouflante beauté, vivait avec ses deux filles, séparée de son mari qui leur rendait visite tous les soirs pour leur raconter sa vie "Maman et papa n'avaient que faire de nos désirs ou de nos besoins dans le cérémonial qu'ils avaient établi. Nous étions les instruments de leur jeu", un père qui voyait ses filles comme sa cour en admiration devant lui... Catherine, une femme excentrique à l'impressionnante consommation de médicaments et d'alcool, une femme qui n'avait que faire des conventions et qui menait une vie sexuelle débridée laissant ses petites filles assister au défilé d'amants tous plus bizarres les uns que les autres, une femme aux multiples troubles du comportement...
Violaine et Elsa ont été élevées sans règles ni limites dans la crainte permanente de ne pas retrouver leur mère vivante au réveil ou en rentrant de l'école. Les petites filles ont grandi trop vite, mêlées aux problèmes des adultes, mais ont développé un magnifique lien entre elles, elles ont vécu des moments d'angoisse mais aussi de magnifiques moments de gaieté avec leur mère fantasque et surtout elles ont porté le pouvoir fantastique de maintenir leur mère en vie dans une impressionnante inversion des rôles mère/filles. 

Dans la seconde partie de son roman Violaine Huisman annonce vouloir rendre son humanité à sa mère en devenant la narratrice de l'histoire de sa mère, son texte devient alors une biographie de sa mère qui nous permet de mieux comprendre Catherine. On découvre alors son histoire et celle de sa mère Jacqueline et c'est alors le portrait de trois générations de femmes qui apparaissent avec Violaine, Catherine et sa mère Jacqueline. On comprend alors les failles et les blessures d'enfance de Catherine ,écorchée vive, en apprenant les carences affectives dans sa tendre enfance, on comprend mieux les fondements de sa personnalité et de son mal être caché derrière "sa folle vie de luxe et de luxure".

Dans la dernière partie Violaine Huisman reprend le récit à la première personne pour relater le décès de sa mère.

C'est l'histoire d'un amour fou que nous raconte Violaine Huisman "Maman et ma sœur s'aimaient comme des sauvages, elles se seraient entretuées pour se le prouver", du besoin pathologique de preuves d'amour d'une mère et d'un amour inconditionnel de deux enfants pour une mère défaillante, d'une vie passée à s'aimer à la folie et à "s'embrasser avec ivresse". "Non il n'y a rien de normal dans cette famille, mais il y a de l'amour à revendre." 

J'ai aimé ce roman autant pour son fond que pour sa forme. La construction du récit est très habile, d'abord témoignage d'une drôle de vie, il devient une biographie de sa mère que l'auteure rédige avec une réelle mise à distance. Une construction tellement habile qu'à la fin de la biographie de sa mère j'ai eu envie de relire la première partie. La dernière partie sur la mort de Catherine est sublimée par l'insertion du poème que Violaine a écrit à sa mère lors de son hospitalisation brutale lorsqu'elle avait dix ans. "Maman, Maman, Toi qui m'aimes tant, Pourquoi partir sans me prévenir..."
L'écriture est tout aussi magnifique que le titre, Violaine Huisman accomplit la prouesse de mêler à son écriture très élégante des éléments de langage de sa mère qui avait son franc parler haut en couleurs.
J'ai lu d'une traite l'histoire de cette femme certes libre mais surtout en proie à une terrible souffrance. J'ai aimé cette histoire d'un amour inconditionnel de deux filles envers une mère vécue comme leur héroïne, histoire où très certainement l'auteure mêle le vrai et le faux. Un bel hymne à la vie et à l'amour.
Violaine Huisman, une auteur à suivre !

Merci à Anne et aux éditions Gallimard pour l'envoi de ce roman.



Citations
" La vérité d'une vie n'est jamais que la fiction au gré de laquelle on la construit"

" Fallait que je m'en sorte.. On n'a pas le droit de baisser les bras, ces bras qui entourent pour donner de l'amour à nos enfants quand ils appellent au secours." 


L'auteure
Née en 1979, Violaine Huisman vit depuis vingt ans à New-York où elle a débuté dans l’édition et organise actuellement des événements littéraires, notamment pour la Brooklyn Academy of Music. Elle est l’auteure de plusieurs traductions de l’américain dont Un crime parfait de David Grann (Allia, 2009) et La Haine de la poésie de Ben Lerner (Allia, 2017).




12ème participation au challenge rentrée littéraire 2018 organisé par Bea Comete






2ème lecture de la sélection d’automne des 68 premières fois







8 commentaires:

  1. J'étais certaine que ce roman était à lire.J'ai lu deux critiques enthousiastes dans Lire et Page, je l'avais rajouté dans ma PAL grâce à cela.Et maintenant, grâce à toi aussi!

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    1. Je serai très surprise qu'il ne te plaise pas...

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  2. Très bonne critique aussi dans Télérama, encore un à lire !!!!

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    1. Je le trouve vraiment très réussi... C'est bien qu'on en parle dans la presse, c'est mérité...

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  3. Effectivement, nous avons fait la même lecture et vibré de la même émotion ! C'est un texte d'une rare intensité.

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    1. Oui j'ai vu ça...cela me fait plaisir car cela compense certains commentaires négatifs que j'ai vu passer

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  4. Gros coup de coeur pour ce livre, il me suivra longtemps. Je ne pensais pas qu'il pourrait me plaire autant.

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    1. Oui j'ai lu ta chronique enthousiaste... je l'ai beaucoup aimé aussi sans avoir eu les mêmes réserves que toi sur la première partie.
      Lu maintenant il y a plus de trois mois, je m'en souviens d'une façon qui me fait penser qu'il va me marquer durablement.

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