mardi 25 septembre 2018

Chien-loup de Serge Joncour


Date de parution : août 2018 chez Flammarion
Nombre de pages : 475

Août 2017. Franck la cinquantaine, producteur de cinéma, est en couple depuis vingt-cinq ans avec Lise, une ancienne actrice. Lise veut passer trois semaines d'été dans le Quercy sur le mont d'Orcières, elle a loué une maison au beau milieu de nulle part. Elle veut passer du temps dans un lieu au plus près de la nature à la recherche du calme et de l'isolement dont elle a besoin après le cancer qu'elle vient d'affronter, elle veut peindre et s'adonner à la méditation et au yoga. Franck accepte par amour mais il est angoissé car cette maison au sommet d'une colline, cette bâtisse qui ressemble à une île entourée de verdure, est privée de tout réseau. Comment vivre sans téléphone et sans Internet quand on a besoin en permanence d'être connecté? D'autant plus qu'il a de sérieux soucis professionnels depuis qu'il s'est associé à deux jeunes loups qui ne rêvent que de coproduire avec Netflix, des associés qu'il voit comme des prédateurs prêts à tout pour l'évincer. 

Dès le premier jour un chien sans collier, entre chien et loup, s'impose à eux, il semble vouloir leur dire quelque chose, peut-être les avertir d'un danger... Quel type de relation, quel jeu le chien demeuré à l'état sauvage cherche-t-il à instaurer avec eux? Qui a habité dans cette maison qui semble inoccupée depuis des années? Franck et Lise ne savent pas que la maison a abrité un siècle plus tôt, au début de la première guerre mondiale, un dompteur allemand et ses huit fauves.

Serge Joncour nous raconte l'histoire de ce village à un siècle d'intervalle. En août 1914, c'est la mobilisation, les hommes partent au front, ne restent plus au village que les vieux, les réformés, les femmes et les enfants. Un dompteur allemand, de passage dans le village avec son cirque, obtient du maire de se réfugier dans la maison sur la colline qui domine le village. Serge Joncour nous raconte la vie de ces femmes qui doivent remplacer les hommes, assurer les récoltes, travailler la terre avec l'angoisse constante d'apprendre la mort de leur mari, leur frère ou leur fils. Le tout dans un village dominé par les rugissements des fauves dans leurs cages, avec la crainte qu'affamés, ils n'en viennent à dévorer leurs enfants. A la peur s'ajoutent croyances et superstitions, elles sont persuadées que le Mont d'Orcières est maudit.

Parallèlement, avec une alternance régulière de courts chapitres, l'auteur nous montre comment Franck s'adapte à ce lieu qui l'aide à se retrouver, qui l'aide à retrouver la force du lien qui l'unit à sa femme, le tout avec la complicité du chien-loup.

Serge Joncour surprend avec ce roman bien différent de ses précédents. Il restitue à merveille la vie de ce village pendant la guerre, montre le rôle que les femmes ont joué pendant l’absence des hommes, assurant le travail de la terre avec des outils usés, sans engrais ni bête de trait car les animaux avaient été réquisitionnés pour le front. Il décrit l'ambivalence de leurs sentiments car elles se sentent fautives de continuer à vivre sans les hommes et de constater que leur monde peut tourner sans eux.
Il y a peu de personnages dans ce roman mais ils sont tous très forts, la nature sauvage à la violence totale et les animaux sont omniprésents, la relation entre l'homme et l'animal est superbement décrite. L'histoire que Serge Joncour nous conte avec une parfaite maîtrise est originale et captivante, il sait faire monter la tension et entretenir le suspense. Il nous montre que l'histoire parfois se reproduit, que la sauvagerie qui sévit dans notre monde moderne n'est pas bien différente de celle qui a marqué les années de guerre. Dans ce roman qui aborde de multiples thèmes, Serge Joncour met également en scène deux très belles histoires d'amour. J'ai tellement aimé ce roman que j'en ai ralenti la lecture à la fin pour le faire durer un peu plus.

Ce roman est finaliste du prix Landerneau.


Citations
" L'homme n'est pas le seul animal à être bestial "

" Manger de la viande c'est manger le cadavre de ses ennemis ou de ses proies."

" Lequel des deux devait prendre le dessus, la part du loup en l'homme, ou la part de l'homme en ce chien."


L'auteur

Né à Paris en 1961, Serge Joncour veut devenir nageur de combat. Il interrompt donc rapidement ses études de philosophie, faute de temps. Il exerce différents métiers : maître nageur, livreur de journaux, cuisinier, rédacteur publicitaire... Il voyage dans de nombreuses îles avant de se consacrer définitivement à l'écriture. En 1998, il publie son premier roman, Vu, qui le propulse sur le devant de la scène littéraire. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Situations délicates et de L'Idole. Il est l'un des protagonistes de l'émission de radio "Des papous dans la tête" sur France Culture. (Sources : Éditeur)

Lu du même auteur 




pour accéder à ma chronique, cliquer ici














Catégorie ANIMAL

4 commentaires:

  1. J'ai été un peu déçue par Repose-toi sur moi, alors j'hésite

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. mais celui ci est complètement différent...

      Supprimer
  2. un des romans de la RL que je n'ai pas encore eu le temps de lire, mais que je veux absolument découvrir!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est très surprenant et je ne regrette vraiment pas de l'avoir lu grâce au prix Landerneau.

      Supprimer