vendredi 27 septembre 2019

Girl d'Edna O'Brien


Date de parution : septembre 2019 chez Sabine Wespiéser
Nombre de pages : 256

" Saurai-je un jour le langage de l'amour. Saurai-je un jour de nouveau ce qu'est un foyer."

S'inspirant de l'histoire des lycéennes enlevées par le groupe terroriste de Boko Haram en 2014 au Nigéria, l'auteure se glisse dans la peau de Maryam, une adolescente de seize ans.

Edna O'Brien retrace le parcours de Maryam, enlevée dans le dortoir de son école avec d'autres jeunes filles, leur internement dans un camp, la violence sexuelle, physique et psychologique qu'elles subissent..." Je suis incapable de prier dans ma vieille langue, car ils nous ont bombardées de leurs prières, leurs édits,  leur idéologie, leur haine, leur sainteté"

Maryam sera choisie pour être mariée à un soldat autant victime qu'elle, lui aussi enlevé à sa famille par les djihadistes et accouchera d'une petite fille, Babby, avant de réussir à s'évader avec son amie Buki à la faveur d'un bombardement des forces du gouvernement nigérian.

La jeune fille aura du mal à créer un lien d'amour avec son bébé à qui elle se dira ces mots terribles dans un moment de découragement alors qu'elle est prête à l'abandonner : " Je ne suis pas assez grande pour être ta mère". Après une fuite dans la forêt, assaillie par la faim et terrorisée d'être rattrapée par ses bourreaux, elle sera recueillie par des nomades avec son bébé avant de retrouver sa mère. Des retrouvailles qui seront bien différentes de ce qu'elle avait imaginé car elle va se trouver confrontée à l'ostracisme de son entourage pour qui elle est devenue "une femme du bush" mère d'une enfant "au sang mauvais", toutes deux soupçonnées de pouvoir contaminer leur entourage par l'idéologie des djihadistes. Comment vivre après un tel drame quand on se retrouve stigmatisée par sa communauté?

La première partie qui retrace l'enlèvement des jeunes lycéennes comportent des scènes insoutenables, les jeunes filles sont traitées comme des esclaves, comme du bétail. Aucune notion de temps n'est donnée, le lecteur est maintenu dans le flou sur la durée de la détention puis de la fuite de Maryam comme pour nous mettre dans la situation de l'héroïne qui n'était certainement pas en capacité de mesurer le temps.
L'auteure irlandaise de 88 ans a accompli une véritable prouesse en se mettant dans la peau d'une jeune africaine et en nous immergeant de façon très réaliste dans l'enfer vécu par ces jeunes lycéennes. J'ai néanmoins quelques bémols  par rapport à ce roman : je n'ai pas trop adhéré au style d'Edna O'Brien que j'ai trouvé assez décousu, les nombreuses histoires parallèles de différents personnages que rencontre l'héroïne ne contribuent pas à la fluidité du récit. J'aurai également aimé que le personnage de Maryam soit analysé plus en profondeur et que les sentiments qui la traversent soient plus développés, il y a parfois dans ce texte une certaine distanciation qui m'a gênée.
Cela reste cependant un roman important car il rend un vibrant hommage à ces jeunes femmes bafouées. Un roman d'une rare puissance, une histoire poignante qui prend aux tripes et un magnifique portrait de femme courageuse. Un roman très documenté car l'auteure a mené une enquête de trois ans au Nigéria, recueillant le témoignage de dizaines d'anciennes captives, de médecins, de membres d'ONG, de religieuses...

Rappelons que 276 lycéennes, âgées de 12 à 16 ans, ont été enlevées par le groupe de Boko Haram en avril 2014 dans la ville de Chibok au Nigéria, cinq ans plus tard seulement la moitié ont été libérées, on ignore ce qu'il est advenu des autres.


Citations
" Impossible d'apaiser un enfant affamé dans un endroit affamé."

" Je demande à Dieu, s'il te plait, ne me donne plus de rêves. Efface tout. Vide-moi de tout ce qui a été."

" Mes enfants seraient ma vie, de même que pour les hommes leurs troupeaux seraient leur vie."


L'auteure

Née en 1930 dans un petit village catholique en Irlande, Edna O’Brien grandit dans une ferme isolée entre une mère sévère et un père alcoolique. Ses débuts littéraires datent de 1960, année de la parution du premier volet de la trilogie qui la rendit célèbre, The Country Girls Trilogy. Ses premiers livres, publiés en Angleterre, ont longtemps été interdits en Irlande, à cause de leur contenu explicite quant à la sexualité. Ses romans et nouvelles tournent autour des sentiments des femmes, prises dans le carcan de leur éducation stricte, et de leurs relations souvent frustrées avec les hommes ; la politique, l’histoire et l’amour y occupent une place prépondérante, et tous remettent en cause l'ordre moral de l'Irlande catholique et nationaliste. Elle est également l’auteur de pièces de théâtre, notamment Virginia : The Life of Virginia Woolf (Mariner Books, 1985), de biographies – en particulier de James Joyce et de Lord Byron –, et de scénarios.
Lauréate du prix PEN/Nabokov 2018 pour la portée internationale de son œuvre, la grande dame des lettres irlandaises est saluée pour « la perfection absolue de sa prose » et sa capacité à « avoir fait tomber les barrières sociales et sexuelles pour les femmes, en Irlande et au-delà », elle a été anoblie par Élisabeth II. (Source : éditeur)











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