jeudi 10 décembre 2015

A ce stade de la nuit de Maylis de Kérangal




Date de parution : octobre 2015 aux Editions Verticales
Nombre de pages : 74


Après avoir découvert Maylis de Kerangal l'année dernière avec son magnifique "Réparer les vivants", je me suis précipitée sur le nouveau livre qu'elle vient de publier, persuadée que son écriture allait à  nouveau m'emporter.

Quelle déception!

Ce texte correspond à une commande qui lui a été passée lors des 14èmes Rencontres littéraires des pays de Savoie en 2014.
Elle traite du drame des migrants notamment à  Lampédusa sous un angle surprenant qui ne m'a pas du tout séduite.

La narratrice est dans sa cuisine et entend un bulletin d'information à la radio parlant du naufrage d'un navire, au large d'une petite île, Lampédusa. On annonce plus de 300 morts parmi les passagers, des migrants venant de Lybie. 

Tout au long de la nuit, elle suit les informations et laisse son esprit divaguer sur ce que le nom de Lampédusa lui évoque notamment le film "Le guépard" de Visconti et l'acteur Burt Lancaster... Ensuite ce seront de multiples digressions sur des paysages, des moments de sa vie... Pour finalement bien peu parler des migrants et de leur drame...

L'écriture de Maylis de Kerangal est toujours aussi belle, aussi rythmée et musicale mais j'ai trouvé cette fois le texte trop confus, trop lyrique, pas du tout à mon goût.
C'est certainement un bel exercice littéraire mais je n'en ai pas bien vu l'intérêt.


Citations
"J'ai pensé aux fantômes qui logeaient dans les noms, et je me suis demandé comment les entendre, comment les percevoir."

"Pour écrire, j'ai pensé qu"il fallait capter ce chant qui subsistait d'un temps où le livre n'existait que sous sa forme chantée et je me suis dit qu'il était temps d'aller chercher la femme nomade."


L'auteur
 
Maylis de Kerangal, née en 1967, a été éditrice pour les Éditions du Baron perché et a longtemps travaillé avec Pierre Marchand aux Guides Gallimard puis à la jeunesse.

En novembre 2010, elle remporte le prix Médicis pour son roman "Naissance d'un pont".

En 2014, elle reçoit pour "Réparer les vivants" le prix Orange du livre, le Prix RTL-LIRE, le prix relay des voyageurs et le prix des lecteurs de l’Express-BFM TV.


Lu du même auteur




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24ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015
4% atteint !!!



mercredi 9 décembre 2015

Le livre des Baltimore de Joël Dicker



Date de parution : septembre 2015 aux Editions de Fallois
Nombre de pages : 450

J'avais beaucoup aimé "La vérité sur l'affaire Harry Québert" que Joël Dicker a publié en 2012 et ai été nettement moins emballée par son nouveau roman.

L'histoire : Marcus Goldman, écrivain américain célèbre, nous raconte l'histoire de sa famille. Le décor est fixé d'emblée : un drame s'est produit dans sa famille en 2004, tout au long du livre il y fait référence en le nommant le Drame.
Marcus évoque sa complicité avec son cousin germain Hillel au physique malingre mais d'une intelligence exceptionnelle. A l'âge de 9 ans, Hillel a rencontré Woody, jeune garçon abandonné par ses parents et qui vit dans un foyer pour enfants difficiles. Woody est tout le contraire de Hillel, très fort il le protège à l'école où Hillel se fait maltraiter par des camarades de classe. Woody est rapidement hébergé par les parents d'Hillel, l'oncle Saul et la tante Anita de Marcus. Hillel et Woody deviennent inséparables et se considèrent comme des frères
Tous trois forment un trio inséparable, le gang des Goldman. A ce trio vient bientôt s'intégrer Scott, un copain d'école atteint de mucoviscidose, puis Alexandra, la sœur de Scott, dont chacun des trois cousins est secrètement amoureux.

Il existe un énorme fossé social entre les parents de Marcus les Montclair et ceux de Hillel les Baltimore, chaque famille est nommée du nom de la ville où elle habite. "Les Baltimore étaient des servis, nous étions des servants"
Saul a extraordinairement réussi et est vénéré par les grands parents de Marcus qui a parfois honte de ses propres parents.
On découvre que c'est une famille où il y a beaucoup de jalousie, de non-dits, de secrets avec en toile de fond la complicité puis la rivalité de Saul et de son frère ainsi que celles que vont reproduire Hillel et son presque frère Woody à la génération suivante.

Tout au long du livre l'auteur nous distille habilement des informations qui nous font nous interroger sur le fameux Drame dont il nous parle depuis le début.

Plus qu'une enquête, comme son précédent livre, c'est une sorte de saga familiale avec une critique de la société de l’apparence.
L'ensemble du livre est construit sans ordre chronologique avec une alternance de chapitres à des époques différentes. Il faut parfois fournir un petit effort pour s'y retrouver.
L'intrigue est intéressante, sans perte de rythme. Par contre, j'ai trouvé le style très quelconque.
Au final, c'est une lecture plaisante, sans plus. Ce livre est loin d'atteindre le niveau de "La vérité sur l'affaire Harry Québert" et ne restera pas longtemps dans ma mémoire.


Citations
"Écrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence."

"Beaucoup d'entre nous cherchons à donner un sens à nos vies, mais nos vies n'ont de sens que si nous sommes capables d'accomplir ces trois destinées : aimer, être aimer et savoir pardonner. Le reste n'est que du temps perdu."


L'auteur

Joël Dicker est un écrivain suisse de langue française né en 1985.

Il reçoit le Grand Prix de l'Académie Française et le Goncourt des lycéens pour son deuxième roman "La vérité sur l'affaire Henry Québert" en 2012.






Lu du même auteur




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23ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015






lundi 7 décembre 2015

Une forêt d'arbres creux d'Antoine Choplin




Date de parution : août 2015 aux Editions de la Fosse aux ours
Nombre de pages : 116

Résister avec un simple crayon 

Voici une bien belle découverte grâce à mes petites balades sur la blogosphère...

"Une Forêt d'Arbres Creux" retrace l'histoire vraie et tragique d'un dessinateur caricaturiste de 35 ans, Bedrich Fritta, qui a été déporté à Terezin en 1941 avec sa femme Johanna et leur petit garçon Tommy âgé de moins d'un an.
Terezin était un camp de concentration tchèque construit près de Prague pour tromper sur le sort réservé aux juifs, il était montré comme modèle lors des visites organisées pour la propagande, notamment lors des visites de la Croix Rouge.

Responsable d'un atelier regroupant une vingtaine d'autres dessinateurs, Bedrich doit, avec ses compagnons, dessiner les plans d'un futur crématorium!!!.
Parallèlement à cet horrible travail, ils se réunissent la nuit, en cachette, pour réaliser des dessins clandestins pour témoigner de ce qu'est réellement la vie dans ce camp.
C'est, pour eux, un espace de liberté pour oublier l’horreur mais aussi un moyen de résistance excessivement risqué.

Ce qui m'a plu dans ce roman, c'est bien sûr l'histoire de cette œuvre clandestine pour témoigner de la Shoah mais aussi, et surtout, la façon dont elle est racontée.
Pas d'emphase...Tout est suggéré, épuré, précis, d'une extrême sobriété. Rien n'est étalé, l'auteur décrit juste, dans un style très visuel, des visages, des scènettes de la vie quotidienne des déportés qui nous font entr’apercevoir leur réalité quotidienne.

Les courts chapitres de ce roman se succèdent pratiquement sans dialogues donnant une impression de silence, de lenteur, de pesanteur. Une écriture qui va à l'essentiel.
Certains passages sont très beaux, comme celui  du prisonnier qui reçoit un colis alimentaire ainsi que le dernier chapitre. Quelle faculté à créer la poésie même dans les cadres les plus sombres!
C'est un hommage poignant, tout en finesse, humanité et douceur à un artiste qui a su résister jusqu'au bout.
Superbe !
Une lecture qui me donne envie de découvrir cet auteur peu connu.
 
fritta 2


Citations
"Le ghetto, permanence de la multitude. On ne sait pas à quel point, en se hissant dans les wagons qui vous transporteront jusqu'ici, disparaît pour de bon la possibilité de la solitude."

"Il lui disait combien les livres et les choses du savoir, c'était important. Le calcul, la poésie. Même ici, à Terezin, ça comptait. Surtout ici, il a ajouté, ici et maintenant, à Terezin."

  

L'auteur

Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il concilie son travail d’auteur, ses activités culturelles et sa passion pour la marche en montagne.

Il est également l’auteur de plusieurs livres parus aux éditions de La fosse aux ours, notamment Radeau (2003, Prix des librairies Initiales), Léger fracas du monde (2005) et L’Impasse (2006).

Antoine Choplin a reçu le Prix France Télévisions en 2012 pour  "La nuit tombée".



22ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015









vendredi 4 décembre 2015

Camille, mon envolée de Sophie Daull

 

Date de parution : août 2015 aux Editions Philippe Rey
Nombre de pages : 192

Sophie Daull nous raconte la disparition tragique de sa fille Camille âgée de 16 ans, à la veille de Noël.
Son récit prend la forme d'une lettre adressée à Camille, récit commencé 4 jours après sa mort pour être achevé 4 mois plus tard. Elle raconte à Camille, "son chaton", ses derniers jours jusqu'à son enterrement.
Elle dit avoir voulu écrire tout de suite avant que "Les images, les paroles ne se diluent, ne se modifient " et écrit "Continuons, avant que tout s’évanouisse", "Les particules fines de l'oubli envahissent déjà les détails".
Elle veut écrire aussi  pour ne pas se séparer complètement de sa fille, "Écrire, c'est te prolonger". 

Tout commence par des maux de tête, une fièvre à 38° le soir du jeudi 19 décembre 2013 en rentrant du théâtre. L'état de Camille allant en empirant les médecins sont appelés et diagnostiquent la grippe, suivent alors 3-4 jours de forte fièvre et de terribles douleurs.
Sophie Daull, qui ne quitte pas sa fille, nous dépeint une Camille courageuse et combative qui souffre énormément mais ne se plaint pas, ne pleure pas.

Sophie Daull nous décrit tous les sentiments par lesquels elle passe avec le papa, la panique devant les médecins qui ne prennent pas le mesure du problème et leur délivrent simplement une ordonnance de Doliprane, "les éclairs aveuglants d'intuitions morbides" qui la traversent, le besoin d'une explication,  de savoir s'ils ont commis une erreur.
Ce seront ensuite les  remords, la culpabilité, l' hyperactivité pour ne pas sombrer, la préparation de la cérémonie le soir du réveillon et les jours suivants, les mauvaises pensées, la hantise de ne jamais connaître la cause de sa mort, l'effort surhumain qu'il lui faudra faire pour remonter sur scène un mois plus tard.

Elle souligne "L'incongruité des frigos pleins, de l'opulence" en cette période de fêtes, évoque les soirées arrosées avec les amis pour tenir debout, l' "effet -baume " des moments passés auprès de leurs amis et des amies de Camille.
L'autopsie révélera que Camille a été victime d'une bactérie, un méningocoque,elle aurait pu être sauvée avec de simples antibiotiques. "La violence contre le corps médical qui aurait pu déclencher des procès... Ce sont des sentiments qui m'auraient salie, qui m'auraient enlaidie. J'étais déjà suffisamment abîmée par la mort de Camille. Je ne voulais pas ajouter de la haine au chagrin."

Elle ne se départit jamais d'une certaine dérision, d'un certain humour en relatant des moments cocasses, le fou rire nerveux aux pompes funèbres...
De façon très pudique, est évoquée en une simple phrase sa propre mère violée et  assassinée lorsqu'elle avait 20 ans.
Elle parle de sa vie dans les mois qui ont suivi le drame comme d'une "vie mimée", une sorte de dédoublement qui lui permet de ne pas mourir à la suite de sa fille; elle parle de son insistance pour qu'on  continue à nommer sa fille par son prénom, sa mort par son nom également, qu'on évite les euphémismes.

Dans ce bouleversant hommage à sa fille, elle nous laisse imaginer qui était Camille, une ado comme les autres, qui se gave de chips-coca et chante à tue-tête dans l'appartement...
 
L'auteur présente ce récit non comme un travail de deuil mais comme un devoir de fidélité.
Ce témoignage est véritablement poignant, courageux, sincère, sobre, très digne et superbement écrit,  Sophie Daull, dont c'est le premier roman, possède un talent littéraire certain. 
C'est un superbe exemple de résilience de cette mère qui décide de vivre dorénavant trois vies : la sienne, celle de Camille et celle de sa mère disparue tragiquement 29 ans plus tôt.


 Citations
"Je voulais écrire vite, jusqu'à ta mort, ton dernier souffle ; puis, allez, faisons durer jusqu'à ton enterrement, et puis voilà, ça ne s'arrête pas, ça ne s'arrêtera jamais - toi disparue n'a pas de fin".

"Une autre chose : nous n'avons pas de nom. Nous ne sommes ni veufs ni orphelins. Il n'existe pas de mots pour désigner celui ou celle qui a perdu son enfant". 


L'auteur


 Sophie Daull est née dans l'Est de la France. Comédienne, elle vit à Montreuil et travaille partout.

"Camille, mon envolée" est son premier roman.




21ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015





lundi 30 novembre 2015

Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes



Date de parution : janvier 2015

C'est l'histoire de Vernon, 50 ans, disquaire dont la boutique a dû fermer, il se retrouve au chômage et est bientôt expulsé de son appartement. Il va alors chercher à se faire héberger chez des anciens amis, compagnons de sa folle jeunesse dans le monde du rock, monde où came et sexe dominent le quotidien. On va ainsi rencontrer une foule de personnages qui vont constituer un excellent reflet de notre société.
Au début, j'ai eu du mal à suivre tous ces protagonistes en essayant de retenir les liens qu'ils pouvaient avoir entre eux puis je me suis laissée porter par la lecture et là, je me suis régalée...
Virginie Despentes excelle dans le portait de ces paumés, je retiens en particulier La Hyène et son activité sur internet, Aïcha et son choix pour l'islam ainsi que sa confrontation au passé de sa mère, Patrice l'homme qui ne maitrise pas sa violence et maltraite sa femme, Sophie et sa lutte pour son fils qui mourra d'une overdose, Olga et ses conseils de SDF... sans oublier le très beau passage sur la mort de la chienne de Xavier et du chien d'Olga. Ces passages sublimes compensent largement ceux où Virginie Despentes nous inondent, un peu trop..., de scènes de drogue et de sexe.

Le vieillissement, la solitude contemporaine, la dématérialisation de l'amitié à l'époque de Facebook sont au centre de ce très beau roman servi par l'écriture rageuse de Virginie Despentes.

dimanche 29 novembre 2015

La condition pavillonnaire de Sophie Divry




Date de parution : août 2014

L'auteure nous décrit par le menu les mille et un détails qui remplissent une vie, en l'occurrence la vie de M. A.
On y voit son enfance marquée par l'ennui, son arrivée en ville dans sa chambre d'étudiante et la solitude qui l'assaille, ses amitiés et amours pendant sa période étudiante, la formation de son couple, la transformation des relations dans son couple à l'arrivée des enfants, l'achat du pavillon, les vacances, les invitations des amis le samedi soir, les accidents de parcours professionnels avec licenciement, le bouleversement généré par sa ménopause, les affres du vieillissement.
M. A. est toujours dans l'insatisfaction, tant sexuelle que générale, confrontée à la monotonie de sa vie et à la dépression, elle tente de trouver des issues dans l'acupuncture, la pratique du yoga, les séances chez le psy, l'engagement dans le bénévolat, mais elle abandonne tout très vite.

Ce livre plein de mélancolie se lit d'une traite, parfois on comprend l'héroïne, parfois on a envie de la secouer, de lui faire prendre conscience de tout ce qu'il y a de positif dans sa vie.
Bref, on ne reste jamais indifférent, c'est ce qui rend ce livre sur la condition féminine si agréable à lire.

samedi 28 novembre 2015

L'expérience de Christophe Bataille


Date de parution : janvier 2015 chez Grasset
Nombre de pages : 72

En 1960, à l'âge de 21 ans, le narrateur se retrouve aux arrêts pour rébellion pour avoir chuté lors du défilé du 14 juillet. Il est alors envoyé dans le Sahara pour une mission secrète comme cobaye pour évaluer le niveau de radiation supportable par le corps humain. C'est l'opération "Gerboise verte" qui aura lieu le 25 avril 1961.
Dans ce livre l'auteur dénonce le scandale des soldats cobayes exposés délibérément aux essais nucléaires menés par la France dans les années 1960 en Algérie pour étudier les effets physiologiques et psychologiques produits sur l'homme par l'arme atomique. Ce sont les sacrifiés du nucléaire français, les irradiés de Reggane délibérément sacrifiés à la raison d'État.
Ce texte bref est fort, poignant, marquant, on en ressort ébranlé et en se demandant comment tout cela a pu exister.
En prêtant sa voix à ces hommes, Christophe Bataille arrache à l'oubli ces victimes sans nom ni matricule immolées sur l'autel du progrès atomique. Merci à lui de m'avoir fait découvrir cette horreur.


Citations
"Depuis ce jour dans le désert, je ne sais qu'une chose. Peu importe la vie des hommes, puisque la mort ne se combat pas." 

"Les hommes cherchaient mon regard: c'est ça, être un chef: être sans regard; ou montrer des yeux si vides qu'ils en paraissent décidés."