vendredi 31 janvier 2020

Sauf que c'étaient des enfants de Gabrielle Tuloup


Date de parution : 2 janvier 2020 chez Philippe Rey
Nombre de pages : 167

" Des victimes et des bourreaux. Mais des gosses dans tous les cas."

Avec le soutien de sa mère, Fatima, quinze ans, victime d'un viol en réunion, rompt la loi du silence et trouve le courage de montrer du doigt ses bourreaux. Huit jeunes garçons sont alors interpellés par la police dans leur collège. Ils s'appellent Nadir, Seydou, Damien... Certains sont des chahuteurs, d'autres sont des élèves sans histoire, parmi eux il y a même Moussa, un petit de cinquième...

Cet événement fait exploser le quotidien du collège, percutant adultes et enfants. Le principal, lui-même père d'une ado de quinze ans, se sent démuni face à cet acte et à cette interpellation dans son école qui devrait être "un abri, un asile". Les enseignants en plein désarroi s'interrogent sur leur responsabilité, sur les signes qu'ils n'ont pas repérés " ils endossent une responsabilité quasi parentale".

Quant aux élèves, certains rédigent des lettres de soutien à leurs camarades, c'est le cas de certaines filles qui craignent d'être considérées comme des filles faciles si elles soutiennent Fatima. En effet la réputation de fille facile colle à la peau de Fatima, devenue, pour avoir cédé à un garçon qu'elle aimait, une fille qu'ils n'ont aucune raison de respecter. Lorsque Emma, une jeune professeure de français, les entend dire  " De toute façon, elle l'a bien cherché ", elle réagit vivement, car l'histoire de Fatima percute sa propre histoire.

Ce roman parle d'abus sexuel, de consentement et du déni, du silence dans lesquels s'enferment parfois les victimes. Je l'ai trouvé très réussi car l'auteure décrit parfaitement les répercussions de cet acte ignoble sur les adultes, enseignants ou parents, et sur les enfants. Confrontée à cet évènement, la professeure Emma va être envahie par de multiples questions. Où commence l'agression sexuelle dans la sphère privée? Subir un dénigrement insidieux, une violence verbale, physique et sexuelle de la part d'un compagnon, est-ce considéré comme un harcèlement, comme un viol qui justifie dépôt de plainte? Est-elle légitime pour parler des violences qu'elle a subies?
J'ai aimé la construction du récit dans lequel l'insertion de bulletin scolaire, de rapport d'incident, de compte-rendu de réunion rend le texte extrêmement vivant et concret. L'auteure change de style entre les deux parties magnifiquement dénommées "Sauf que c'étaient des enfants" et "Sauf que c'était moi" passant d'une première partie assez factuelle à une deuxième partie plus introspective à la première personne avec de magnifiques passages sur la passion amoureuse d'Emma. 
Un sujet grave traité avec beaucoup de justesse et de finesse. Une couverture très bien choisie.


Citations
" Elle savait à peine qu'elle était victime, ces garçons ne comprennent pas qu'ils sont bourreaux"

" J'avais décidé de partir marcher, je devais accepter que quelque chose se joue dans cet exercice d'endurance. Que le pas devienne passage. Il me fallait traverser les souvenirs."


L'auteure

Née en 1985, Gabrielle Tuloup a grandi entre Paris et St Malo. Championne de France de slam en 2010, elle est professeure agrégée de lettres et enseigne en Seine-Saint-Denis. En 2018, elle est lauréate du Festival du premier roman de Chambéry pour "La nuit introuvable" (Sources : éditeur)














Lu de cette auteure




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