vendredi 7 octobre 2016

Marcher droit et tourner en rond d'Emmanuel Venet


Date de parution : août 2016 aux éditions Verdier
Nombre de pages : 128 

Notre monde vu par un homme atteint du syndrome d'Asperger

Emmanuel Venet se met  dans la peau d'un homme de 45 ans atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme.
Le narrateur est pourvu d'une intelligence plus que normale avec un QI élevé mais il est incapable de se plier aux conventions sociales, il est inapte aux relations sociales.

Le narrateur assiste aux funérailles de sa grand-mère et nous livre ses pensées et toutes les réflexions qui lui traversent l'esprit durant la cérémonie. Tout le récit se déroule pendant la cérémonie.

Le narrateur ne supporte le portrait dithyrambique qui est fait de cette femme reconnue pourtant par tous comme quelqu'un "d'aussi incapable de réfléchir que d'aimer". "Je ne comprendrais jamais pourquoi, lors des cérémonies de funérailles, on essaie de nous faire croire qu'il y a une vie après la mort et que le défunt n'avait, de son vivant, que des qualités. Si les humains se conduisaient aussi vertueusement qu'on le dit après coup, l'humanité ne connaîtrait ni les guerres ni les injustices qui déchirent les âmes sensibles."
Il est choqué qu'elle soit présentée comme centenaire alors qu'elle est décédée à 99 ans et 51 semaines... Tout ce qu'il entend est pour lui un tissu de mensonges car une des caractéristiques de sa maladie est le besoin absolu de vérité. "L'officiante rémunérée à la pige se contente de broder un tapis de louanges sur le canevas fourni par ses commanditaires."

C'est un homme entier sans nuances qui fait régulièrement référence à sa passion pour le scrabble, aux listes qu'il prépare pour le petit bac et à ses recherches sur les catastrophes aériennes, il prépare même un livre recensant tous les crashs des avions de ligne. Par ailleurs, il vit une passion amoureuse imaginaire avec Sophie Sylvestre qu'il connait depuis la seconde et suit sa carrière comme figurante au cinéma.
C'est un homme à l'esprit cartésien, au raisonnement logique, routinier et solitaire.

L'auteur qui est psychiatre connait parfaitement ce syndrome, il sait de quoi il parle et a certainement puisé dans des cas qu'il a rencontrés pour dresser le portrait du narrateur.

Au travers des réflexions du narrateur, l'auteur pointe l'hypocrisie des gens dits normaux, le poids des conventions sociales...
L'humour est omniprésent dans ce court récit qui offre de multiples thèmes de réflexion sur des thèmes aussi variés que la  religion, les régimes amaigrissants, la corrida, le traitement que l'homme réserve aux animaux, les écarts entre les opinions politiques de certains et leur comportement dans leur vie personnelle...

Stigmatisant les incohérences des uns et des autres, les travers de chacun, les dysfonctionnements de la vie de couple, le narrateur, avec des propos souvent frappés au sceau du bon sens, n'épargne personne dans son tour de famille...
L'écriture est fluide et l'ironie souvent mordante dans ce récit qui se lit d'une traite. Une belle réussite !

Ce titre est sélectionné pour le prix décembre.

Citations
"J'aime le scrabble parce qu'il ravale à l'arrière-plan la question du sens des mots et permet de faire autant de points avec "asphyxie" qu'avec "oxygène""

"Il faut aux humains comme aux tourterelles une vie à deux permettant de se quereller et de se rabibocher, car l'homme a besoin de plaisir au lit comme à table, et la femme a besoin de jacasser et de se plaindre."

"Le professeur Urs Weiss définit le syndrome d'Asperger comme un variant humain non pathologique voire avantageux, puisqu'il garantit, au prix d'une asociognosie parfois invalidante, une rectitude morale plutôt bienvenue dans notre époque de voyous." 


L'auteur 

Emmanuel Venet, né en 1959, est psychiatre à l'hôpital du Vinatier de Lyon depuis 1989.

Il a publié un récit, "Portrait de fleuve" en 1991 chez Gallimard.
Puis, chez Verdier, un recueil de textes courts : "Précis de médecine imaginaire" en 2005, "Ferdière, psychiatre d'Antonin Artaud", en 2006 et "Rien" en 2013.





25ème participation au Challenge Rentrée Littéraire 2016









6 commentaires:

  1. Ce n'est pas le premier avis enthousiaste que je lis et je pense que je vais céder à la tentation. Rien que le titre est formidable !

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    1. Je t'encourage à céder à la tentation. Le titre est génial en effet, l'auteur raconte qu'il voulait l'appeler "Funérailles" mais que son éditeur a trouvé que ce n'était pas très porteur !

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  2. Déjà vu, déjà noté ! Tu en parles très bien !

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