vendredi 25 novembre 2016

L'administrateur provisoire d'Alexandre Seurat


Date de parution : août 2016 aux Editions du Rouergue
Nombre de pages : 181


J'aime beaucoup découvrir de nouveaux auteurs avec leur premier roman. En 2015 Alexandre Seurat m'avait beaucoup marquée avec son roman La maladroite, inspiré d'un fait divers récent, le meurtre d'une enfant de huit ans par ses parents. Il est toujours intéressant de voir comment ces primo-romanciers franchissent le cap du deuxième roman surtout quand leur premier titre a connu un certain succès.

Dans son deuxième roman, Alexandre Seurat s'attaque à un terrible secret de famille.

Qu'est-ce qu'un administrateur provisoire?  C'est une personne chargée de "l'aryanisation"  des biens des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dans la France de Vichy. Cet administrateur gère l'entreprise à la place du propriétaire juif, négocie la vente des fonds de commerce ou d'immeubles à des non-juifs spoliant ainsi les juifs de leurs biens et de leurs sources de revenus.

A l'occasion de l'enterrement de son frère, le narrateur découvre grâce à son oncle Pierre que son arrière-grand-père Raoul H. a fait partie du Commissariat général aux questions juives et a donc été un administrateur provisoire.

Qui était cet homme qu'il n'a pas connu et dont la famille ne dit rien? Il se lance dans une grande enquête, va rencontrer d'autres membres de sa famille et entendre souvent "C'était l'époque, voilà tout.", se souvenir que son frère était hanté par la Shoah, consulter des livres d'histoire sur le Commissariat général aux questions juives, lire rapports et témoignages...

Aux Archives il retrouve les dossiers traités par Raoul H. et les rapports qu'il a rédigés "il y a son nom dans l’inventaire, son dossier H. Raoul… avec la honte : je viens de là, de Raoul H".
On découvre ainsi que Raoul H. s'est "occupé" en particulier de Ludwig Ansbacher déporté de Pithiviers le 17 Juillet 1942, mort à Auschwitz le 26 Août, et de Emmanuel Baumann "silhouette fantomatique dans les bruits de Drancy, le tumulte de Drancy, coupé de tout espoir, de toute attente". Des victimes que le narrateur tente de faire revivre... 

Le fantôme de son frère l'accompagne lors de ces recherches, ce frère dont il est dit peu de choses dans le récit mais qui «était hanté par la Shoah, quand il est rentré de sa visite d’Auschwitz avec sa classe de lycée, possédé par la haine, un désir de vengeance… » et qui semble être mort de ce mal-être. 

En Raoul le narrateur découvre un être abject qui n'a même pas été inquiété après la guerre pour son comportement envers les personnes dont il administrait les biens "il a le droit avec lui et la loi avec lui, et il ne fait que son travail, avec rigueur et diligence." Il a exercé son métier sans états d'âme n'hésitant pas à s'enrichir au passage et multipliant les irrégularités. Dans ce récit, Alexandre Seurat lui imagine un procès fictif.

C'est une quête de vérité menée par un homme seul envers et contre tous, la plupart du temps incompris par son entourage familial et amical.  Un homme qui cherche à bousculer sa famille qui s'est toujours réfugiée dans le déni "ils les tenaient d'où, ces meubles? Est-ce qu'elle est sûre qu'ils venaient de la famille? Elle ne sait pas répondre, elle  n'en sait rien, les questions l'effraient."

Ce récit dans lequel s'entremêlent enquête dans la mémoire familiale et enquête dans les archives et témoignages historiques est très bien documenté, il aborde un sujet grave qui est inspiré de la véritable histoire familiale d’Alexandre Seurat.
J'ai cependant regretté que la narration soit parfois un peu confuse, parsemée de rêves du narrateur. De plus, il ne m'a pas été toujours simple de m'y retrouver parmi les multiples personnages familiaux évoqués. Au final, un sujet intéressant mais moins bien maitrisé par l'auteur que celui qu'il avait abordé dans son premier roman.

Alexandre Seurat a été finaliste du prix du style qui a été attribué à Négar Djavadi pour Désorientale

Citations
"Les mots sont trop lourds pour moi et je n'arrive pas à les sortir, comme si j'avais voulu percer la couche de noir qui nous entoure."

"Je voudrais pousser devant moi des mots qui diraient plus que je n'ai jamais dit, des mots qui seraient capables de nous soulever tous, je ne les trouve pas."


L'auteur 


Agrégé de lettres modernes, Alexandre Seurat enseigne actuellement à l'IUT d'Angers-Cholet.

"La maladroite" est son premier roman, inspiré par un fait divers, il retrace la vie d’une enfant martyrisée.







Lu du même auteur



 pour accéder à ma chronique, cliquer ici










42ème participation au Challenge Rentrée Littéraire 2016







6 commentaires:

  1. Ah... Il m'attirait bien celui-ci, le sujet surtout. Pas une priorité mais une curiosité, si j'ai un moment.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le sujet est super intéressant mais je n'ai pas accroché sur la forme...

      Supprimer
  2. Je pense que je m'en tiendrais à son premier roman, que j'avais également trouvé assez réussi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le cap du deuxième roman est souvent difficile...

      Supprimer
  3. Encore plus sévère que toi je l'ai terminé en diagonale

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas surprise... Pour ma part quelques mois après sa lecture il ne me reste absolument rien de ce livre !

      Supprimer