mercredi 11 janvier 2017

L'enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi


Date de parution : août 2016 chez Grasset
Nombre de pages : 304

L'histoire se déroule de nos jours sur une île grecque imaginaire. 

Eliot, architecte à New York, apprend que sa fille, étudiante qui menait des recherches sur les théâtres antiques à Kalamaki, une île grecque, vient d'être retrouvée morte à la suite d'un accident. Il décide de tout abandonner, de fermer son cabinet et de rester sur cette île pour y faire des recherches sur le Nombre d'Or.

Nous le retrouvons 12 ans plus tard alors qu'il propose de s'occuper de Yannis un jeune garçon né le jour où sa fille mourait. Yannis est autiste, sa mère Maraki pratique la pêche ancestrale à la palangre la nuit et a besoin de quelqu'un pour surveiller son fils pendant son travail. C'est une femme prématurément usée par l'état de son fils, par son divorce et par son métier particulièrement éprouvant. 

Yannis ne parle presque pas et ne regarde pas les gens dans les yeux. Il aime l'ordre, la précision, les rituels, il ne supporte aucun changement dans ses habitudes. Très doué pour manier les chiffres, il passe son temps à noter l'ordre d'arrivée des bateaux de pêche, à compter la  quantité de poissons pêchés par chaque pêcheur et à dénombrer les clients au café. Tous ces décomptes lui servent à mesurer l'ordre du monde et selon les résultats qu'il trouve, il se lance dans des pliages pour compenser ce qu'il ressent comme un désordre et pour restaurer l'ordre de son monde. 

Sur cette petite île où tout le monde se connaît tous les habitants entourent Yanis du mieux qu'ils le peuvent.

Mais nous sommes en Grèce, un pays qui sombre suite à la crise. Pour relancer l'économie de l'île il est question d'un projet de construction d'un palace. Le débat s'engage sur ce projet qui risque de défigurer le paysage et d'être un vrai désastre écologique. Et pourquoi ne pas reprendre le projet d'école de théâtre et de philosophie imaginé par la fille d'Eliot, projet moins rentable économiquement  mais qui défendrait le patrimoine culturel du pays? La presse et les politiciens s'en mêlent... L'harmonie entre les habitants va-t-elle disparaître?

Metin Arditi a eu la belle idée d'associer une histoire humaine très forte avec des personnages très attachants, des relations très fortes entre eux (Eliot et sa fille, Eliot et Yannis) à une intrigue en lien avec un sujet d’actualité particulièrement fort également : la crise en Grèce. Constitué de petits chapitres très clairs, ce roman qui tient un peu de la fable nous plonge dans le quotidien des Kalamakiotes au cœur d'une île dont on visualise toute la beauté. L'âme grecque et l'amour d'un père d'adoption sont des thèmes qui traversent ce roman. 

Je garde de cette lecture les très beaux passages où Eliot échange avec sa fille morte par le biais de son ordinateur où elle notait ses recherches sur les théâtres antiques et les passages où Eliot tente d’apprivoiser Yannis avec des dessins.

Un beau roman sensible et lumineux sur la poésie de l'art antique et les ravages de la crise grecque. 

Merci à NetGalley et aux éditions Grasset pour cette lecture en avant-première.






L'auteur
Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne où il a créé la fondation Arditi (qui attribue une quinzaine de prix annuels).
Il a également crée la Fondation « Les Instruments de la Paix-Genève », qui favorise l’éducation musicale à des enfants de Palestine et d'Israël.
Dans la plupart de ses oeuvres il traite de la difficulté de la filiation, de la solitude et de l’exil



55ème participation au Challenge Rentrée Littéraire 2016




8 commentaires:

  1. Oh comme il est beau ce billet et comme il donne envie ! Je note ce roman, bientôt anni de ma maman, et je pressens qu'il pourrait nous plaire à toutes les deux ;-)
    Bisous

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    1. Merci Framboise!
      Ta maman va être gâtée, et toi par la même occasion...

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  2. n auteur que j'aime à retrouver!

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    1. Et dire que je ne l'avais jamais lu...

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  3. J'avais trouvé son dernier, ou l'un de ses derniers, tellement médiocre que j'avoue être un peu échaudée. En même temps, c'est le seul que j'ai lu et j'ai cru comprendre que c'était un auteur assez inégal...

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    1. Je n'ai pas de point de comparaison puisque c'est le premier que je lis mais celui là m'a beaucoup plu.

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  4. Je n'ai pas arrêté d'hésiter autour de ce livre ... (j'espère que mon commentaire va passer ...)

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    1. Ça y est tes commentaires passent...
      J'aurai envie de te conseiller d'arrêter d'hésiter !

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