mercredi 30 mai 2018

Juste un peu de temps de Caroline Boudet


Date de parution : mai 2018 chez Stock
Nombre de pages : 270

Sophie, conseillère en emploi pour les personnes handicapées, vit depuis quinze ans avec Loïc, ils ont trois enfants. Un après-midi elle quitte son travail brutalement, prend le train pour St Malo pour s'accorder quatre heures, seule avec un bouquin, elle a un impérieux besoin de temps pour elle, seule. Elle laisse juste un mot à son mari "Je reviens. Juste un peu de temps. Merci" et éteint son téléphone portable. Mais Sophie ne va pas réussir à rentrer, ses pieds ne peuvent pas pu retrouver le chemin de la gare, elle prolonge son séjour à St Malo sans regrets, sans remords et sans culpabilité, sans penser à son foyer où doit régner un vrai chaos...

C'est un départ soudain qui surprend tout le monde, un comportement qui ne ressemble pas à Sophie, "miss perfection" qui renvoie avec Loïc l'image d'un petit couple idéal à la vie parfaite, à l'intérieur toujours impeccable. Vue de l'extérieur Sophie semble bien dans sa vie de femme, d'épouse et de mère, c'est une femme qui semble empathique et calme qui parvient à mener toutes ses vies de front. Mais Sophie s'est rendu compte qu'elle était devenue acariâtre, toujours fatiguée, elle s'est vue comme une sorte de mégère. Elle croule sous le poids de l’organisation familiale, note dans un carnet tout ce qu'elle a à faire chaque soir pour le lendemain et raye les tâches au fur et à mesure qu'elle les a accomplies, elle réussit à tenir debout en contrôlant tout, pour elle, pour Loïc et pour leurs enfants.

Est-ce un début de dépression ? la crise de la quarantaine? ou un pétage de plombs dû à un trop plein? Loïc est un père moderne qui s'occupe de leurs enfants, qui partage les tâches domestiques mais le poids de la gestion familiale repose sur Sophie qui doit tout gérer et qui supporte de plus en plus difficilement cette charge mentale.

" Penser à demander à l'autre de faire les choses, 
c'est toujours y penser 
et être le grand organisateur de la famille."

Dans certains chapitres, Caroline Boudet fait entendre les voix de Loïc, des amies et collègues de Sophie, de son fils de sept ans. Personne n'a rien vu venir...

Ce roman parlera à beaucoup de femmes, c'est une lecture beaucoup moins légère qu'elle n'y paraît, c'est une histoire "vue de l'intérieur" comme Caroline Boudet le dit si bien dans ses remerciements. L'écriture est ordinaire mais pleine d'humour. Tout est finement observé et Caroline Boudet nous offre un beau panorama du quotidien des jeunes mères de famille, de leurs difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle, des inégalités qui perdurent entre hommes et femmes, de la maternité qui met la femme hors jeu dans sa vie professionnelle, des ambitions professionnelles qu'il faut revoir à la baisse, des problèmes de garde des enfants qui restent toujours l'affaire des femmes, de l'arnaque du congé maternité qui est tout sauf un congé mais aussi de la difficulté du lâcher-prise. Une vie de routine et de frustration dans laquelle beaucoup de femmes se trouvent piégées... Bien construit avec l'alternance des voix de Sophie et de son entourage, ce roman se termine d'une fort jolie façon.
Une belle réussite pour un premier roman...

Merci à NetGalley et aux éditions Stock pour cette lecture.







Citations
" La solitude reste suspecte chez une femme. C'est signe soit de tristesse, soit de dépression, soit de ratage total de sa vie sentimentale, mais en aucun cas ce ne peut être un choix"

" Pousser ses enfants dans la vie et accepter la simple gratitude de voir son petit monde heureux, c'est ça, la signification d'être femme. Il faut savoir s'en contenter."


L'auteure
Journaliste, mère d'une petite fille atteinte de trisomie 21, Caroline Boudet s'est faite connaitre en 2015 avec la publication d'une tribune sur Facebook qui a émue des millions de personnes et a fait la une de dizaines de médias à travers la planète. De cette médiatisation est né un premier livre : le récit des 9 premiers mois de Louise "La vie réserve des surprises" chez Fayard.

8 commentaires:

  1. Euh, je vais passer, là ! L'effet miroir, sans doute...

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    1. C'est joliment traité pourtant tu sais...

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  2. Je le vois au quotidien autour de moi, alors, ps certaine d'avoir envie de lire ce livre même si ce que tu en dis me plait

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    1. Je suppose que tu n'es pas en manque de lecture par ailleurs...

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  3. Je vais passer aussi... pour le moment;)

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  4. Voilà un thème qui me parle beaucoup. Merci pour le partage !

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