vendredi 11 mars 2016

Le chant de la Tamassée de Ron Rash



Date de parution : janvier 2016 au Seuil
Nombre de pages : 240 

Grâce à la lutte acharnée d’un groupe d’écologistes, la Tamassée, rivière frontière entre la Caroline du Sud et la Géorgie, a obtenu le Label « rivière sauvage ». Y  toucher, en détourner le cours naturel est une violation de la loi fédérale, c’est la dernière rivière de l’état qui coule librement.

Ruth, une fillette de 12 ans, se noie dans cette rivière, sa famille n’ayant  pas pris conscience du danger du cours d’eau. Les recherches du corps par les équipes de secours locales restent infructueuses, les parents de Ruth tiennent absolument à récupérer le corps pour faire leur deuil, la mère mettant en avant ses convictions religieuses, ils font alors appel à un entrepreneur  qui  veut poser un barrage mobile sur la rivière pour récupérer le corps.

Les écologistes pensent que  cela constituerait un précédent et « qu’une fois qu’on aura violé la loi, on aura ouvert la voie à toutes sortes d’autres exceptions, y compris celle qui vise les promoteurs immobiliers » et que  «  Le corps de la fillette appartient maintenant à la Tamassée, à l’instant même où elle s’est avancée dans les hauts fonds  elle a accepté la rivière selon ses conditions. C’est ça, la nature sauvage, la nature selon ses conditions pas les nôtres, et il n’y a pas d’entre-deux » 

S’ensuit alors un débat très animé entre écologistes qui refusent qu’on viole la loi fédérale, la famille de Rush qui s’appuie sur de nombreux soutiens politiques et  les habitants du coin qui connaissent mieux que personne leur région et qui pensent souvent  qu’«on se préoccupe peut-être un peu trop de la rivière et pas assez des gens».
Le père de Ruth ne manifeste que mépris envers les habitants de la région qu’il dénomme les « cul terreux », c’est un  patron inflexible qui a l’habitude de commander et de se faire obéir.

Ron Rash développe ici une situation complexe sur le plan moral, il ne prend  pas parti et nous laisse libre de décider, il donne tous les arguments pour et contre. La Tamassée est une rivière imaginaire mais j’ai entendu Ron Rash indiquer dans une interview que cette question pourrait être d’actualité en ce moment dans certaines régions des Etats-Unis.
Outre ce débat moral, ce roman parle du deuil (peut-on faire son deuil sans avoir récupéré le corps ?) et de culpabilité.

J’ai aimé l’histoire, le sujet fort qui nous fait nous poser une foule de questions, prendre position mais aussi changer d’avis au cours du récit. J’ai aussi aimé l’écriture de Ron Rash qui nous décrit à merveille, sans descriptions  fastidieuses, la rivière, la région et l’âme de ses habitants. Il fait de la Tamassée un personnage à part entière du roman.
Cependant je n’ai pas eu de coup de cœur pour ce roman car j’ai trouvé que les positions extrémistes des différents partis en présence nuisaient à leur crédibilité et que le traitement du sujet aurait gagné avec des positionnements moins tranchés.  J’ai, par exemple, trouvé complètement invraisemblable l’acharnement de l’entrepreneur à poser un nouveau barrage mobile lors de la cérémonie religieuse au bord de la rivière. 

C’est le premier roman de Ron Rash que je lis et n’ai donc pas de point de comparaison avec ses autres ouvrages mais son écriture et la thématique abordée m’ont donné envie de lire d’autres romans de cet auteur.


L'auteur 


Ron Rash est un écrivain, poète et nouvelliste, auteur de romans policiers né en 1953.
Il a exercé la profession d'enseignant.

Il a écrit des recueils de poèmes, des recueils de nouvelles et des romans, dont un pour enfants, tous lauréats de plusieurs prix littéraires.





14eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo


dans la catégorie SPECTACLE

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