jeudi 9 juin 2016

Moro-sphinx de Julie Estève

 


Date de parution : avril 2016 chez Stock
Nombre de pages : 184

Portrait d'une femme en souffrance

Lola est une jeune femme obsédée par deux pertes : celle de sa mère décédée lorsqu'elle avait 8 ans et celle de  l'homme qui vient de la quitter. 
Sa mère lui manque terriblement : "Elle lui dirait des choses raisonnables, des phrases simples, des trucs de maman. Mais sa mère est morte et la vie est une catastrophe."

C'est une femme extrêmement seule qui n'a pas revu depuis 10 ans son père qui a sombré dans l'alcool après le décès de sa femme. Elle n'a aucun ami.


Son travail n'offre pas d'intérêt, c'est un travail juste alimentaire, sa vie est une succession de journées qui se ressemblent. Le roman est construit avec des chapitres intitulés "un lundi", "un jeudi"...

Lola, qui dit ne pas savoir vivre, s'est créé un personnage pour survivre, elle s'habille de façon très provocante et se maquille outrageusement pour partir à la recherche de ses proies, une collection d'hommes "Il faut qu'elle trouve de la peau, qu'on la prenne, qu'elle sente en elle un corps et que son corps se gorge d'amnésie.", "Dans la nuit, elle va chercher ce qui la fait survivre" et conserve dans son "bocal à griffes" les rognures d'ongle de chacun de ces hommes...

Avec l'alcool, c'est un moyen pour elle de mettre à distance sa douleur, de chercher pouvoir et paix"Ne pas s'attacher aux choses qui finissent, ne pas se faire berner par les sentiments qui naissent puisqu'ils s'en vont droit sur la mort."

Julie Estève nous dresse le portrait d'une femme complètement paumée qui n'est pas sans rappeler l'héroïne du roman de Leïla Slimani, "Dans le jardin de l'ogre".

En quête effrénée de sexe pour ne plus avoir à penser, Lola recherche du sexe sans désir et sans plaisir. Elle éprouve du mépris pour elle-même et ne se sent "bonne qu'à ça", "Combien en faudra-t-il encore?" 
Elle se compare à un  moro-sphinx, une  espèce d'insecte qui butine généralement le nectar des fleurs que les autres insectes ne peuvent atteindre.

Il n'y a aucune vulgarité dans ce roman même si les propos sont parfois crus. L'écriture est  puissante, le récit fourmille de citations très fortes. 
Un beau portrait de femme à la dérive et une belle découverte littéraire sur un sujet déroutant.
Un livre qui bouscule et une jeune auteure dont on va entendre parler...

Ce livre plait beaucoup dans le groupe des 68 : Virginie, Anita, Eimelle sont enthousiastes. 

Citations
"Elle s'est enfoncée dans le lit avec le serpent et sa vieille angoisse qui comme un rat s'est faufilée dans toutes les failles et a fait les poubelles de son crâne."

 "Elle est comme ces papillons qui s'accouplent dans le noir et que l'on retrouve tournant, fous, autour de lumières artificielles."

"Paris avale les grandes solitudes et les recrache sur ses trottoirs comme des avertissements."

 
L'auteur
Née en 1980, titulaire d'un DEA d’Histoire de l’Art, Julie Estève est journaliste spécialiste d'art contemporain.
Elle est auteur de catalogues d’exposition et de contes pour enfants.
"Moro-sphinx" est son premier roman.

Merci à NetGalley et aux éditions Stock pour cette lecture







14ème lecture parmi les vingt premiers romans sélectionnés en phase 1 des 68 premières fois

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