mercredi 21 octobre 2015

Un homme dangereux d'Emilie Frèche



Date de parution : août 2015 chez Stock
Nombre de pages : 288


Le pouvoir des mots

Emilie, la trentaine, écrivain en pleine ascension, est heureuse avec son mari et ses deux enfants, son amant compense l'abstinence sexuelle qui s'est installée dans son couple depuis 10 ans.
En quelques jours, elle va tomber sous l'emprise de Benoit Parent, 60 ans, écrivain plutôt sur le déclin. Une terrifiante dépendance affective s'installe immédiatement. Il lui envoie une multitude textos par jour auxquels elle ne peut résister comme une ado amoureuse, y répondant même en présence de sa famille. Il la bombarde littéralement de mots, c'est son seul moyen de séduction, en effet leur histoire reste platonique, il semble impuissant....
On comprend très rapidement que cet homme est un manipulateur, après une phase de séduction il passe à la phase de destruction. C'est un pervers narcissique.

Emilie a l'antisémitisme pour combat et Benoit est antisémite. Elle ne comprend pas comment elle a pu seulement regarder cet homme...

Le comportement d'Emilie peut parfois nous paraitre incompréhensible tellement elle plonge dans une soumission totale perdant tout libre arbitre, c'est une vraie addiction, elle est prête à "tout fourre en l'air" pour lui.

Lorsque elle se rend enfin compte de la nocivité de cet homme, de l'emprise qu'il a sur elle, elle le nomme "cancer" et demande de l'aide à son mari Adam. Elle réalise que cette histoire risque de la conduire à la fin de son mariage mais aussi à la négation de sa judaïté.

Le livre bascule dans sa deuxième partie quand Emilie, pour sauver son mariage, décide d'utiliser l'écriture comme arme contre lui. Elle imagine écrire sur la passion amoureuse vécue par son double romanesque, pour cela elle le revoit pour les besoins du livre, pour récolter la matière nécessaire à son écriture. Il devient pour elle un personnage du roman qu'elle écrit, elle se sert de lui... Elle va, comme lui, manier les mots comme des armes.

Dans ce roman, Emilie Frèche nous livre de très beaux passages sur l'usure du couple, sur l'ennui conjugal, la disparition du désir et la disponibilité pour une autre histoire.
Dans ce livre écrit à la première personne, la narratrice se confond beaucoup avec l'auteur (livres sur Ilan Halimi), comme si elle voulait à son tour manipuler le lecteur.

J'ai trouvé amusantes les analogies avec le livre de Delphine de Vigan, notamment quand on voit qu'Emilie ne parvient plus à écrire après avoir écrit un livre sur son père. Les deux livres ont pour thème principal l'emprise.

Par contre, ce que j'ai trouvé gênant dans ce roman , c'est que Benoit serait Patrick Besson, Emilie Frèche donne au lecteur des indices pour le reconnaitre, d'autant plus gênant que Benoit est antisémite ce qui peut laisser entendre que Patrick Besson l'est également, or l'antisémitisme est un délit. On frôle là l'indécence, si c'est un règlement de comptes, je n'aime pas bien le procédé...
Ce roman est un thriller psychologique très efficace, hypnotisant, qui nous secoue, l'auteur sait parfaitement entretenir le suspense. Elle nous montre comment on peut casser quelqu'un avec des mots. L'écriture est agréable et fluide sans être originale.


Citations
"Il n'y a pas de violence plus grande que d'aller fouiller en soi. Non, pas de violence plus grande."

"C'était le problème lorsqu'on écrivait sur soi. Après, on ne pouvait plus jouer à rien. Les gens vous avaient lu, ils connaissaient votre ADN." 


L'auteur


Emilie Frèche, titulaire d'un DEA de philosophie politique, est née en 1976, c'est une romancière et cinéaste française.
Elle est l’auteur de romans et de deux documents autour de la mort d’Ilan Halimi : "La Mort d’un pote" et avec Ruth Halimi, "24 jours: La vérité sur la mort d’Ilan Halimi"
Emilie Frèche est également scénariste.






C'est Eva qui m'a donné envie de lire ce roman, par contre  des pages et des iles n'a pas du tout aimé.

15ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015

1 commentaire:

  1. j'ai vu l'auteur à la télé, elle ne m'a pas tellement convaincue justement à cause de ce histoire de véritable identité du personnage... bof...

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