vendredi 13 novembre 2015

La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra


Date de parution : août 2015 chez Julliard
Nombre de pages : 207

Plongée vertigineuse dans la tête d'un tyran sanguinaire et mégalomane. 

Yasmina Khadra s'attaque à un sujet ambitieux dans ce court roman écrit à la première personne, il se met littéralement dans la peau de Mouammar Kadhafi et raconte sa chute, ses derniers moments.
L’auteur s'est documenté sur Kadhafi mais l'essentiel du roman provient de sa seule imagination, il a brodé une trame autour de ces événements. Certains éléments de la vie de Kadhafi relatés dans le livre sont avérés : son père inconnu, sa demande en mariage rejetée... 
La nuit du 19 au 20 octobre 2011, Kadhafi, dictateur à la tête de la Lybie depuis 42 ans après un coup d’État, contraint de quitter son palais, se retrouve reclus dans une école désaffectée près de Syrte avec sa garde rapprochée alors que la ville est encerclée et bombardée. Il s’enfuira de ce refuge dans un 4/4 blindé pour finir dans une canalisation d'égout où, découvert, il subira un lynchage à mort par les libyens

Dans son refuge, il s’isole et se souvient de son parcours depuis sa naissance, lui le fils de bédouin devenu roi.  Une sorte de rage habite Khadafi, sans père, pauvre, méprisé par la bourgeoisie du temps du roi Idriss, "Kadhafi avait le sentiment de n'être rien, c'est cela qui l'a poussé à devenir tout".
 
On découvre un tyran sanguinaire, mégalomane et narcissique qui se considère comme un Guide pour son peuple, un être complètement coupé des réalités qui ne comprend pas la rébellion de son peuple et qui vit entouré de fidèles obséquieux, soumis et terrorisés. Un tyran avec ses Amazones qui ne peut accepter qu'une femme lui résiste et qui se drogue à l'héroïne.

Incapable d’accepter la trahison d’un peuple auquel il est persuadé d’avoir apporté le bonheur, pétri d’orgueil, aveuglé par sa mégalomanie, Khadafi ne peut entendre aucune critique "Ce que je dis est parole d’Évangile, ce que je pense est présage. Qui ne m’écoute pas est sourd, qui doute de moi est damné. Ma colère est une thérapie pour celui qui la subit, mon silence est une ascèse pour celui qui le médite. »

Juste dans ses derniers moments, un éclair de lucidité lui fait dire : « Quand on a dominé les peuples, on s’oublie sur son nuage. Mais qu’a-t-on dominé au juste ? Pour aboutir à quoi ? En fin de compte, le pouvoir est une méprise : on croit savoir et l’on s’aperçoit qu’on a tout faux. Au lieu de revoir sa copie, on s’entête à voir les choses telles qu’on voudrait qu’elles soient. » 

L'auteur ne glorifie pas le dictateur mais refuse de l'accabler, il en fait un portrait sans jugement ni caricature.

Je n'ai pas trouvé ce récit désagréable à lire mais je n'ai pas vraiment été touchée. J’ai eu l’impression de ne pas y apprendre grand-chose.  Les principaux traits de caractère de Khadafi sont connus (despote, cruel et mégalomane) et sont dépeints dès les premières pages du récit.
J’ai aussi eu par moments des difficultés à entendre Khadafi  dans les mots de Yasmina Khadra, cela sonnait parfois vraiment faux.
Un livre dont j'attendais beaucoup plus...


L'auteur
Yasmina Khadra est le pseudonyme de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, né en 1955 dans le Sahara algérien (alors en Algérie française).
Son père veut faire de lui un soldat en l'envoyant dès l'âge de neuf ans dans un lycée militaire, où il fait toutes ses études avant de servir comme officier dans l'armée algérienne pendant 36 ans.
Il choisit d'écrire sous pseudonyme en 1997, avec le roman Morituri. Diverses raisons l'y poussent, mais la première qu'il donne est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher: l'intolérance.
Il démissionne en 2000 de l'armée pour se consacrer à sa vocation : l'écriture, et choisit de s'exprimer en langue française. Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms, Yasmina Khadra, et ne révèle son identité masculine qu'en 2001 avec la parution de son roman autobiographique "L'Écrivain" et son identité tout entière dans "L'imposture des mots" en 2002. A cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques.
Dans ses ouvrages se déploie le "style Khadra" alliant lyrisme, métaphores inattendues, dépouillement et poésie.


20ème contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015

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