mercredi 24 février 2016

La renverse d'Olivier Adam

 

Date de parution : janvier 2016 chez Flammarion
Nombre de pages :  266

Les dommages collatéraux d'un scandale politico-sexuel

Antoine, la trentaine, jeune homme solitaire et sombre, exerce la profession de libraire en Bretagne où il s'est réfugié dans une volonté d'oubli, de déni de son passé après avoir fui la ville de banlieue parisienne où il a grandi. Lui et son jeune frère Camille avaient alors rompu toutes relations avec leurs parents, il y a environ 10 ans

Lorsqu'il apprend par hasard à la radio la mort de Jean-François Laborde, ancien ministre et sénateur-maire de la ville où il a grandi, les personnages du passé resurgissent.

Il y a 10 ans, Jean-François Laborde a été impliqué dans un scandale politico-sexuel qui a fait la une de tous les médias, scandale à laquelle la mère d'Antoine, sa maitresse et adjointe aux affaires scolaires, a été étroitement mêlée. Tous deux ont été accusés de viol et d'agression sexuelle sur deux femmes. La position de Laborde au gouvernement comme ministre délégué a donné au scandale une dimension nationale. Antoine avait alors 17 ans.

La renverse est la période de durée variable séparant deux phases de marée (montante et ascendante) durant lequel le courant est nul. C'est la période pendant laquelle Antoine a trouvé refuge en Bretagne, sa parenthèse de vie de 10 ans entre le scandale et la mort de J.F. Laborde.

Antoine va se remémorer les faits qui ont bouleversé sa vie, de l'annonce du scandale au non lieu, il va essayer de comprendre ses réactions de l'époque, comprendre son manque de soutien à sa mère qu'il a condamnée d'emblée. C'est l'heure du doute ne l'a-t-il pas jugée trop vite, ne s'est il pas laissé influencer par Laetitia, la fille de Laborde, qui vouait une véritable haine envers son père? N'a-t-il pas épousé sa colère? Il va en venir à s'interroger sur lui même se demandant comment il a pu fuir.

Le personnage de Laborde semble être un mélange de quelques hommes politiques impliqués dans des scandales : Georges Tron (maire de Draveil où Olivier Adam a vécu...), DSK, Balkany, Dominique Baudis...

Avec ce roman Olivier Adam change de registre, "La renverse" est un livre plus politique que les précédents, il y décortique la politique locale et traite de l'impunité des hommes de pouvoir, de leur brutalité, de leur sentiment de se sentir au dessus des lois et montre qu'ils s'en sortent toujours. Il souligne l'influence des médias qui manipulent l'opinion publique prompte au revirement.  

Comme à son habitude, Olivier Adam excelle à décrire les univers, à planter les décors : l'atmosphère grise et médiocre de la banlieue de la petite ville où il a vécu avec sa famille, l'atmosphère apaisante du hameau breton où il a trouvé refuge au milieu des landes d'ajoncs et de bruyères, des thématiques qui lui sont chères.

Il brosse à merveille le portrait des parents d'Antoine et du couple qu'ils forment. Une famille où on ne se parle pas, en tout cas pas de l'essentiel et où on se connait si mal.  Camille et Antoine vivent cloitrés dans un silence assourdissant  à côté de parents conformistes "banalement réactionnaires et ordinairement racistes", silence qui va devenir encore plus insupportable quand le scandale va éclater.

Olivier Adam s'intéresse aux victimes collatérales de cette affaire qui vont ressentir de la honte, de l'humiliation face aux rumeurs, puis un véritable dégoût face aux manœuvres de Laborde et de la mère d'Antoine qui vont crier au complot puis se défendre en trainant dans la boue les deux plaignantes employées municipales, remettant en cause leur fiabilité du fait de leur statut de femmes fragiles, pauvres et immigrées de surcroît. 

Tous les personnages sont bien campés, le père est particulièrement intéressant. L'enfance d'Antoine, l'atmosphère familiale et ses liens avec son frère sont très bien décrits, les sentiments sont analysés avec précision et justesse.

Un livre sombre, comme toujours chez Olivier Adam, mais exempt des descriptions interminables et répétitives qui me gênent parfois chez lui
La question de  l'impunité des hommes politiques, de l'humiliation ressentie par l'entourage en particulier par les enfants et de la construction des liens familiaux pour "les enfants d'une génération seulement préoccupée d'elle-même", sont au cœur de ce livre captivant qui se lit comme un thriller. 

Les avis de Laure  et de Delphine

Citations
"Nous étions pareils à des milliers de familles. Nous cohabitions. Partagions le quotidien, nous répartissions les rôles et les tâches. Mais y avait-il quelque chose au-delà? Je ne connaissais pas mes parents."

"Tout le monde ne demandait qu'à absoudre le grand homme qui passe à la télévision et fraie avec les grands de ce monde, dont l'aura nationale rejaillissait sur la ville entière et lui donnait un peu de fierté, la distinguait de ses voisines pareilles et contiguës."
 
L'auteur
Olivier Adam, né en 1974, suit des études de gestion d'entreprises culturelles puis, après un "trou noir" de quelques années où il commence à écrire, il participe en 1999 à la création du festival littéraire "Les correspondances de Manosque".
Il publie son premier roman, "Je vais bien ne t'en fais pas" en 2000.
Il signe "Falaises" en 2005, sélectionné dans 13 prix littéraires sans obtenir aucune récompense et "À l'abri de rien" en 2007, favori du Prix Goncourt 2007.
Parallèlement, Olivier Adam écrit aussi plusieurs ouvrages pour la jeunesse, publiés pour la plupart à l'École des Loisirs. Il publie par ailleurs régulièrement des textes courts dans les revues littéraires et anime des ateliers d'écriture en milieu scolaire.
Pour le cinéma, il a participé à la co-scénarisation de certains de ses romans ("Je vais bien ne t'en fais pas", "Poids léger" et "Sous la pluie") et a co-signé les scénarios de "L'été indien", de "Maman est folle", de  "Welcome" et "Des vents contraires.
Depuis 2005, Olivier Adam vit  à Saint-Malo avec sa compagne, l'auteure de livres pour enfants Karine Reysset,où il partage son temps entre la littérature et le cinéma.

10eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo



Lus du même auteur 




Pour accéder à ma chronique, cliquer ici 




Pour accéder à ma chronique, cliquer ici 

8 commentaires:

  1. Je viens de le finir et j'ai été très agréablement surprise, j'ai beaucoup aimé!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourquoi surprise?
      Coup de cœur aussi? Si c'est le cas cela fait beaucoup de coups de cœur partagés sur cette rentrée...

      Supprimer
  2. Je pense que ce livre est assez différent de ses précédents. Peut-être est-ce pour cela que tu l'as préféré (des descriptions moins longues, dis-tu). Pour ma part, je l'ai trouvé moins convaincant...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La thématique du fait divers ne m'a pas gênée comme toi.
      Pour moi il n'a pas voulu faire un livre centré sur l'ivresse du pouvoir ni sur les victimes et leurs souffrances mais sur le vécu des enfants entrainés dans cette tourmente.
      Mais l'essentiel c'est que tu continues à aimer Olivier Adam malgré ton avis mitigé sur ce livre...

      Supprimer
  3. Ce livre m'attend. J'aime cet auteur et ai hâte de le découvrir . Ce livre a suscité autour de moi des avis contraires...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que les avis sont partagés sur ce livre, pour ma part je me suis régalée...

      Supprimer