mercredi 24 août 2016

Fils du feu de Guy Boley - Rentrée littéraire





Date de parution :  24 août 2016 chez Grasset
Nombre de pages : 160

Voici une histoire qui se passe dans un lieu et une époque non précisés.
Au fil du récit, on devine simplement que nous sommes dans les années 50-60, dans un quartier populaire et ouvrier d’une petite ville de province qui va être identifiée comme la ville de naissance de Victor Hugo, donc Besançon (merci internet!).

Le narrateur est un enfant qui nous raconte le monde dans lequel il vit.
C’est donc une vie de famille vue à hauteur d’enfant qu’on découvre avec une enfance près d’un dépôt de locomotives qui dégagent des panaches de fumée, avec le bruit de la forge où son père et son employé Jacky, un homme taiseux que l’enfant admire, martèlent de concert et  domptent le fer et le feu. Installé sur son muret, l’enfant observe aussi sa grand-mère étêter et dépecer des grenouilles vivantes et les femmes brasser leur linge dans les baquets bouillonnants de la chambre de lessive.
Un monde magique vu par le regard émerveillé d’un enfant…


L’émerveillement va s’arrêter avec la mort de son petit frère, dont on ne connaît ni l’âge précis ni la cause du décès. Son père va alors sombrer dans l’alcoolisme « Mon père n’est plus qu’une ombre qui marche sur son ombre se salissant lui-même et salissant cette ombre que sa misère draine. », sa mère va fuir la réalité, « vivre de l’autre côté de l’écran. »
La folie douce dans laquelle sombre sa mère va contraindre l’enfant à vivre avec un mort-vivant puisqu’elle va continuer à vivre comme si son enfant était toujours vivant, elle lui sert son repas, le borde le soir dans son lit, lui achète des vêtements...  « Chacun s’arrangeait avec ce mort qui continuait à vivoter, sans trop faire de barouf, entre un cartable, un short, des assiettes de purée, des livres de grammaire et un bisou du soir. »

Le narrateur, devenu peintre confirmé à l’âge adulte, peindra les images engrangées pendant son enfance, la peinture contribuant à sa reconstruction personnelle en lui apportant la paix.

Ce récit nous plonge de façon très visuelle dans la vie de ce quartier et nous montre son évolution liée à l’évolution de l’époque. Car la forge et le métier de ferronnier d’art vont disparaître…
C’est l’occasion pour l’auteur de nous livrer de magnifiques passages pleins de nostalgie sur l’évolution de la société avec la construction de pavillons clés en mains, l’émergence d’une société de consommation « Le confort de la laideur a pris la place de l’inconfort du beau. On sacre l’inutile, on glorifie le gadget. » Le tout écrit avec une extrême concision que j’ai adoré.

L’écriture est superbe, poétique, visuelle et concise, sans mots inutiles. La façon dont l’histoire est racontée a beaucoup contribué à mon enthousiasme car l’auteur distille peu à peu les éléments de l’histoire au fil du récit et souvent il ne fait que suggérer… et il sait à merveille  nous plonger dans une atmosphère.
Un livre qui aborde beaucoup de sujets : la folie, la difficulté de se construire pour un enfant auprès d’une mère fragile psychologiquement et qui sombre peu à peu, le désir de l’enfant de ne pas s’opposer au délire de sa mère et même d’y rentrer pour la préserver, l’amour d’une mère qui perd son enfant et l’amour d’un enfant pour sa mère.
Un livre plein de pudeur qui aborde également la question de l’homosexualité avec beaucoup de retenue et de finesse.

Le genre de livre dont je ralentis la lecture pour ne pas le quitter...
Premier roman d’un auteur très prometteur !

Ce roman fait partie de la sélection du Prix Stanislas du premier roman qui sera décerné à Nancy le 9 septembre prochain.

L'avis d'Eimelle


Citations
"Il faut bien que toutes les horreurs du monde enfantent des printemps si nous voulons durer au delà du chagrin"

"Ils étaient incultes, c'est-à-dire intelligents mais sans les livres capables de leur nommer, soit cette intelligence, soit cette inculture."


L'auteur 
Guy Boley est né en 1952. Il a été maçon, ouvrier d’usine, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule à grande hauteur, machiniste, scénariste, chauffeur de bus, garde du corps et cascadeur avant de devenir dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre. Il compte à son actif une centaine de spectacles joués en Europe, au Japon, en Afrique ou aux États-Unis.





Merci à Zélie et aux Editions Grasset pour cette lecture en avant-première


2ème lecture parmi les seize premiers romans sélectionnés en phase 2 des 68 premières fois


5ème participation au Challenge Rentrée Littéraire 2016











Roman sélectionné pour le festival du premier roman de Chambéry



12 commentaires:

  1. En effet! Je pense qu'on va beaucoup entendre parler de cet auteur !

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  2. J'attendais la sortie de ce livre avec impatience. Ton avis me confirme ce que je pressentais:ce livre va me plaire.

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    1. Je lui ai mis 5 coeurs mais j'hesite à le passer en coup de coeur... Un des romans importants de cette rentree...

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  3. Disons que je n'en ferai pas une priorité, mon programme étant déjà bien rempli...

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    1. hum...hum... tu vas lire tellement d'avis positifs sur ce livre que tu pourrais bien craquer!

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  4. Un bel accueil pour ce titre. Je le note

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  5. Une plume superbe, j'avoue que parmi la cinquantaine de premiers romans que j'ai lus cet été, c'est sans conteste l'écriture la plus belle qui me soit passée sous les yeux. Un vrai bonheur.

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    1. J'ai adoré... il mérite vraiment d'être mis en avant.

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  6. Je craque ( allez, de toute façon au point où en est ma liste, un de plus ne fera pas la différence:))

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